jeudi, janvier 22, 2009

Un blog où les couleurs sonnent...

Mon neveu Nicolas et sa copine Marie-Christine voyagent en ce moment sur les routes du Vietnam. Leur blog est déjà rempli d'images qui en mettent plein la vue, ce qui semble contrevenir au parti-pris pour l'oreille de ce blog-ci, mais donne quand même à entendre un monde de sonorités explosives... C'est à suivre! http://www.nicketmarie.blogspot.com

mardi, janvier 20, 2009

At last!

Tout a peut-être été dit sur cette journée historique : l'inauguration présidentielle de Barack Obama. Mais en réalité, une dimension historique très importante n'a pas été abordée avec attention. Il s'agit de la forte propension de toutes les sociétés à former des individus qui rejettent violemment le changement que de grands personnages apportent. Presque tous les hommes d'envergure que le XXième siècle a produits ont été assassinés. Les non-violents n'ont pas été épargnés. Ghandi et Martin Luther King sont les exemples les plus connus. Les frères Kennedy, sans être strictement non-violents, n'étaient pas les politiciens les plus belliqueux non plus. J'ajouterais John Lennon à la liste des victimes de fous, puisque son engagement artistique débordait sur le champ politique et avait une portée mondiale (You can say I'm a dreamer, but I'm not the only one...). Heureusement, Nelson Mandela a échappé à cette apparente fatalité. Est-ce parce que l'histoire de l'Afrique du Sud charriait déjà une surdose de violence? Dans le cas d'Obama, le passé sert sûrement d'avertissement sévère, et les dispositifs de sécurité étaient aussi spectaculaires que le spectacle lui-même dimanche dernier au Lincoln Memorial. Abraham Lincoln, a lui aussi été tué par un fou à cause du changement qu'il incarnait. Le nouveau président se réclame de l'exemple illustre de son prédecesseur anti-esclavagiste mais doit justement réaliser le changement que Lincoln proclamait et dont rêvait encore l'inspirant Martin Luther King, deux siècles plus tard. Qu'un homme comme Obama soit président... Enfin! Il était temps. Aujourd'hui, nous sommes tous enfin libérés de l'ignoble poids du racisme. At last! C'est ce que disait Luther King : 'I'm free at last'!

vendredi, décembre 19, 2008

Merci Monsieur Derome

Bernard Derome se retire de son rôle de chef d'antenne à Radio-Canada. Son entrevue avec Michel Desautels hier soir donnait un aperçu de l'envergure de sa contribution à la communication médiatisée. Témoin privilégié de son époque, il nous offrait pour chaque événement qu'il couvrait un accès au premier rang. Le survol de sa carrière résume le dernier tiers du XXième siècle et le début houleux du siècle actuel. On aura remarqué une claire dominante du drame et des catastrophes par rapport aux bonnes nouvelles. C'est évident que la caméra montre mieux l'ouragan et ses méfaits que les patients travaux de biochimistes traqueurs de cancer. Mais en général, les commentaires de Bernard Derome éclairaient ce que la lentille laissait dans l'ombre. Dans ce sens, je regrette que ce grand reporter quitte l'antenne au moment où les États-Unis entrent dans une phase de décroissance obligée qui entraînera, espérons-le, une remise en question de la surconsommation et du millionarisme grand public. Il nous aurait expliqué des nuances jusqu'à présent inédites dans la couverture médiatique post-convergence... J'ai eu le plaisir d'être interviewé par ce maître de la phrase concise à l'époque où j'étais porte-parole des musiciens qui refusaient l'empire sur la musique québécoise de l'American Federation of Musicians. Me fixant de son regard d'acier, il a fait en quelques questions précises la synthèse du contenu que l'entrevue devait dégager : un cours accéléré de communication que je n'ai jamais oublié. Pour ça, et pour l'ensemble de votre oeuvre, merci Monsieur Derome.

lundi, décembre 01, 2008

Des élections? Avec le même mode de scrutin, ça sert à rien!

La complication de la situation fédérale avec la reédition de son gouvernement minoritaire, même dans la confusion actuelle, transmet une information limpide : notre mode de scrutin bipartite à un tour est dépassé. Le Canada offre depuis assez longtemps plus d'un parti à ses citoyens, mais le mode de scrutin ne permet pas vraiment d'exprimer d'intention politique nuancée. Stephen Harper n'a pas obtenu la majorité des voix, ses opposants mis ensemble la contrôle, mais il gouverne quand même. Au provincial, le casse-tête que Jean Charest nous propose comme la solution à une catastrophe économique annoncée relève du même dilemme. Il veut davantage de pouvoir alors que celui qu'il détient déjà dépend du vote d'une minorité de citoyens et qu'il en use plus ou moins honnêtement. Lui accorder ce qu'il veut ressemble vraiment à donner au renard la clef du poulailler, d'autant plus qu'il refuse de nous dire combien il reste de poules... Comment les Québécois peuvent-ils bénéficier de la maturité politique acquise au cours des 50 dernières années s'ils n'ont que le même vieux scrutin à un tour pour élire leurs représentants? Ne pas reformuler le système électoral correspond en fait à la reconnaissance involontaire d'une distorsion démocratique. Mathématiquement, avec plus de deux partis se partageant le vote à peu près également, le parti gagnant est forcément élu par une minorité. C'est le contraire de la démocratie! Et l'on se demande pourquoi de nombreux électeurs boudent les élections...

mardi, novembre 04, 2008

Rumeurs d'élections II

Cette fois, c'est sérieux! Les élections étatsuniennes dépassent largement la rumeur et couvrent la planète d'échos innombrables. La modeste localité d'Obama, au Japon, est en liesse... Au Kénya, dans le village de la grand-mère paternelle du sénateur Obama, on s'attend à un rassemblement et à un enthousiasme populaires sans précédent. L'école locale porte déjà le nom du célèbre candidat, les enfants chantent en son honneur et leurs parents espèrent les bienfaits concrets qui devraient suivre l'élection. Ce matin à la maison, l'enthousiasme était palpable aussi. Nos filles adolescentes sont parties à l'école vêtues de leur T-shirt Obama, leur mère en porte un semblable au travail. La diversité du soutien offert à Obama est hallucinante, allant de celui du rationnel Colin Powell, pourtant républicain, à ceux de militants palestiniens, pourtant avertis de la position pro-Israël du candidat. Cette avalanche d'espoir mondial tombant sur les épaules d'un seul homme m'inspire à la fois joie et circonspection. À une autre échelle, l'avénement au pouvoir de Nelson Mandela, en Afrique du Sud, ou de Lula au Brésil, exauçait un vaste espoir qui ne pouvait qu'être déçu à cause de l'écart entre le changement rêvé et l'âpre réalité. Barack Obama est sûrement conscient de la disproportion entre les attentes et ce qu'il peut accomplir, mais s'il a le bon sens de l'exprimer et d'en appeler à la coopération sincère d'un maximum de Terriens, il pourra promouvoir, comme Ghandi a réussi à le faire en Inde (la plus grande démocratie mondiale), une participation plus équitable à la gestion politique, le virage vert obligatoire, et même une certaine justice distributive. Paradoxalement, Obama devra s'éloigner de l'effet messianique qui l'aura porté au pouvoir.

mercredi, octobre 29, 2008

Rumeurs d'élections...

Des élections? Encore! À peine remis du récent gaspillage fédéral qui a redonné à Stephen Harper un gouvernement minoritaire, voici que les Québécois risquent d'être convoqués aux urnes très bientôt. Or, tant que le système électoral reste tel quel, le scrutin provincial pourrait être aussi frustrant que l’autre. En effet, les gouvernements de nos jours sont portés au pouvoir par une minorité d’électeurs, le parti vainqueur n'ayant obtenu ni la majorité des votes, ni celle des députés élus. La somme des votes reçus par les partis d'opposition est supérieure à celle qui décide du gouvernement. Si on y ajoute les abstentions, il est clair que nous sommes gouvernés par des élus qui n'ont pas la légitimité du nombre. Ce fait indiscutable est malheureusement négligé par les commentateurs qui prétendent que les électeurs ont voulu avoir un gouvernement minoritaire. Chaque électeur n'exerce son droit de vote que dans un seul comté et n’a qu’une action indirecte sur l’issue générale du vote. Dans les comtés urbains, loin de pouvoir se concerter, les électeurs québécois sont plutôt sûrs d’être gouvernés au fédéral par un parti pour lequel ils ne veulent pas voter. Au Canada, la situation politique est en partie stérile à cause du paradoxe québécois, qui donne la balance du pouvoir à une province où beaucoup de gens voudraient qu'elle cesse d'en être une. Au Québec, le parti Libéral profite de la division du vote autonomiste, qui constitue pourtant une majorité chez les francophones. Pour Jean Charest, porté au pouvoir il y a deux ans malgré une relative impopularité, il s'agissait de faire oublier les maladresses des premiers mois de son mandat et d'attendre le bon moment pour renforcer ses assises. Aussi opportuniste qu’au jour où il a quitté le parti conservateur fédéral pour devenir chef des libéraux provinciaux, M. Charest prouve encore une fois que les intérêts qu’il défend le mieux sont les siens. Il faudrait vraiment, comme le réclamait énergiquement Loco Locass, se libérer des Libéraux. À moins qu'une représentation proportionnelle défende la voix des citoyens, nous devons, sous la bannière de Mme Pauline Marois, aller au bout de l'affirmation québécoise que le fédéral a frauduleusement freinée en 1995.

samedi, septembre 13, 2008

LA LOI (de l'Église) ET L'ORDRE (du Canada), ou LA POMME DE DISCORDE...

Pour ne pas pécher, ne croquez pas la pomme... Le cardinal Turcotte n'a pas le choix. Comme l'abbé Gravel, il doit suivre ce que l'église de Rome décide, donc, se prononcer contre l'avortement, et refuser d'être associé au Dr. Morgentaler dans l'Ordre du Canada. Cependant, s'il avait suivi un tel raisonnement avant, il aurait dû refuser le prix d'emblée, parce que venant d'un État qui a déjà tué, lui aussi, ou parce que bien d'autres récipiendaires ont commis des gestes que l'Église réprouve (pourtant, Jésus aurait dit 'que celui qui est sans péché...', etc). Mais les femmes aux prises avec une grossesse non voulue n'ont pas le choix non plus. Au moment de la conception, il y a un homme dans le portrait... Si l'enfant paraît, souvent l'homme disparaît! Est-ce que les prêtres vont ouvrir des garderies pour enfants de filles-mères?.. Même mal pris, personne ne leur re-confierait les jeunes, comme autrefois. On éponge encore les dégâts. Non, l'Église n'a pas la compétence requise pour gérer la fertilité, ni la vie des femmes. Elle repose sur une mythologie machiste dépassée, surtout sur la question sexuelle, où elle est sexiste en... diable. Il n'y a pas de femme dans la Trinité, et pas non plus dans la prêtrise. Tant que l'Église sera dominée par des hommes, elle n'aura aucune crédibilité sur des questions d'enfantement. Et voyez-vous Rome admettre que Marie a conçu Jésus avec un homme? C'est pas demain la veille... En attendant que l'Église suive vraiment le message d'amour de son fondateur, elle continuera de se venger d'Ève, prête à couper le pommier pour sauver la pomme! PS: Il y a 30 ans, j'ai signé la musique de Les fées ont soif, de Denise Boucher, et suis resté fermement féministe.

lundi, septembre 08, 2008

Élections : et c'est reparti...

Ça y est, la campagne électorale fédérale est lancée. J'écoute en ce moment même l'entrevue de Christiane Charette sur les ondes de Radio-Canada avec Serge Ménard, de nouveau candidat du Bloc québécois, et Thomas Mulcair, qui se re-présente pour le NPD. L'entente est audible entre les deux hommes, et les nuances qui les séparent ne devraient pas servir autant la cause des Conservateurs. C'est la question nationale québécoise, bien sûr, qui les empêche de se rapprocher davantage. M. Ménard l'a rappelé, le NPD ne peut se permettre d'aliéner ses électeurs canadiens en accordant plus de pouvoir au Québec dans une structure fédérale renouvelée. M. Mulcair fait valoir que la gauche doit se rallier au seul parti fédéral qui présente des candidats dans tous les comtés du Canada. Si l'on considère que le Parti Vert invite aussi les électeurs de gauche à l'appuyer, on se rend compte que la droite conservatrice risque de profiter au maximum du traditionnel « Diviser pour régner ». Pour les citoyens engagés et conscientisés quant aux enjeux écologiques, c'est la quadrature du cercle : voter selon leur conscience favorise Stephen Harper, l'un des pires adversaires de leur cause. Celui-ci, assis sur une fortune pétrolière, est assuré du soutien formidable (au sens premier du terme) des milieux financiers. Comment déterminer dans quel ordre s'attaquer au problème d'une véritable représentation démocratique? Il y a de nombreuses années, M. Laforce, mon professeur de science politique, expliquait très bien l'inexorable injustice de notre système électoral à un tour. Seuls les électeurs qui votent pour le parti qui détient la majorité des députés élus sont véritablement représentés. Les autres, même s'ils peuvent constituer en tout la majorité de la population, doivent accepter que des gens pour lesquels ils n'ont pas voté les défendent au Parlement ou à l'Assemblée nationale. L'aspect mathématique du vainqueur unique pour chaque comté favorise le bipartisme. Dès qu'un tiers parti s'élève en faisant élire plusieurs députés, l'un des deux anciens partis doit faiblir pour qu'il puisse accéder au pouvoir. C'est ce qui est arrivé dans le cas du Parti québécois en 1976, qui a évincé l'Union nationale. À l'échelle canadienne, le NPD devrait dépasser le Parti libéral d'un océan à l'autre avant de réussir le même coup. On voit qu'il y a loin de la coupe atlantique aux lèvres pacifiques... Ainsi, la première étape dans l'accès à une vraie démocratie serait de réformer le système électoral. Là aussi, c'est la quadrature du cercle, puisque tout parti au pouvoir ne coupera pas la branche sur laquelle il est assis. Nous voilà donc avec un noeud gordien à l'intérieur d'un noeud gordien. Mais, imaginons que nous puissions voter à notre guise. Faudrait-il, en tant que Québécois, appuyer le Bloc ou le NPD? Et bien, même si la prudence est mère de la sagesse, je vais me prononcer tout de suite et proposer deux stratégies différentes. Si vous êtes dans un comté où un candidat NPD battrait un gros canon traditionnel, comme à Outremont, allez-y allégrement! Si vous êtes dans un comté à majorité québécoise nationaliste, soutenez le Bloc. Si aucun de ces cas de figure ne se présente, votez pour le Parti Vert, qui obtiendra des fonds utiles à sa croissance. Dans tous les cas, la question québécoise devrait précéder les autres, puisque, au fil de l'histoire, aucun gouvernement fédéral n'a accordé au Québec ce qui lui revient sans y être contraint par le vote des Québécois. Contrairement à la perception qu'en ont M. Harper et trop de Canadiens, l'affirmation politique du Québec par la voix du Parti québécois de René Lévesque pourrait servir d'exemple à l'ensemble du Canada. Une association reformulée d'états autonomes ferait de notre actuelle fédération boîteuse un instrument de progrès planétaire.

lundi, août 18, 2008

Éval Manigat

Samedi après-midi, j'ai appris à la radio qu'un de mes amis musiciens, Éval Manigat, personnage haut en couleur de la scène world montréalaise, était mort jeudi en Haïti d'une crise cardiaque. J'avais beau ne pas vouloir croire à cette écrasante nouvelle, une grande tristesse m'a envahi, j'étais dévasté... Quelle perte pour nous, ses "frères de son" de Montréal, et pour la communauté de Saint-Marc, où il enseignait la musique depuis deux ans. Son retour à sa terre d'origine n'était pas facile, et plusieurs de ses amis allaient justement participer cet automne à une soirée bénéfice pour lui prêter main forte. Lors de la rencontre commémorative tenue dimanche au salon Memoria sur Saint-Laurent, son frère Martial, guitariste remarqué sur Africa+ (Juno world 1993), m'a confié qu'il poursuivrait le travail pédagogique lors de séjours réguliers en Haitï. J'espère avoir l'occasion de contribuer au projet d'Éval moi aussi. À l'idée que son Élan Yé pour l'au-delà m'attire enfin dans son île natale, j'entends résonner son rire chaleureux... S'il-vous-plaît, visitez le blog dédié à soutenir le projet d'Éval : http://musistmarc.blogspot.com

dimanche, août 10, 2008

De la poudre aux Jeux...

Hôtesse actuelle des Jeux olympiques, la Chine montre avec brio comment accueillir les minorités mondiales. Détentrice de la majorité absolue en tant que pays le plus peuplé du monde, elle confirme d'emblée sa mainmise sur le XXIième siècle. Le bât blesse, toutefois, parce qu'en se servant des Jeux, la Chine s'associe à une série de malentendus historiques issus de la culture aristocratique du Comité olympique, tradition plus solide que l'idéal du même nom. René Homier-Roy et ses invités en ont fait un survol remarquable en matinée du 9 août (www.radio-canada.ca/radio/emissions/emission.asp?numero=1825, plus pertinent que le blabla des commentateurs de la cérémonie d'ouverture, lequel équivaut à s'exclamer sur l'élégance de Kent Nagano pendant une symphonie). En fait, l'idéal sincère de millions d'athlètes de tous les pays explose comme des feux d'artifice, cachant sous une pluie d'étincelles les ficelles mercantiles qui les manipulent. Aux JO, les forces qui rivalisent vraiment pour capturer l'or sont celles des grandes puissances. Derrière chaque podium, elles se chamaillent comme des chiffoniers pour pousser leurs représentants sur les marches et gagner des points dans la course mondiale de la visibilité médiatique. Pendant ce temps, les guerres continuent en Irak, en Afghanistan, le conflit Russie-Géorgie éclate en Ossétie du Sud, et le Tibet étouffe sous la botte chinoise. Fiers de leur démocratie de millionnaires, les États-Unis brandissent un peu partout la plus grande armée de tous les temps. Fière d'avoir inventé la poudre à canon, la Chine n'a pas fini de détonner. Les prouesses de Pékin, c'est de la poudre aux Jeux.

mercredi, juillet 09, 2008

Ave Mayra!

Encore une fois cette année, le Festival international de jazz de Montréal nous a livré en avalanche des centaines d'occasions d'entendre grandes vedettes ou artistes émergents d'un art du sonore 'jazzé' d'une façon ou d'une autre. Les festivaliers qui avaient la chance ou l'astuce de se trouver lundi le 30 juin au soir devant la scène Alcan-Rio Tinto (qui est adossée au Complexe Desjardins) ont accueilli très chaleureusement la charmante Mayra Andrade. Jolie brune dont la voix possède un grain unique, celle-ci allie aux formes traditionnelles du Cap Vert (morna, batuque) des vocalises afrolatines qu'elle invente en toute liberté et des ambiances rythmiques et harmoniques qui innovent subtilement. Très précoce, elle remportait à 16 ans la Médaille d'or des Jeux de la Francophonie. Aujourd'hui dans la jeune vingtaine, elle livrait au public montréalais les titres d'un très beau disque, Navega, tout acoustique et empreint d'une poésie à la fois musicale et textuelle, fait trop rare pour ne pas être méritoire. La foule du Festival, que la gratuité des concerts en plein air rend parfois ingrate, ne s'y trompait pas cette fois : elle a participé aux refrains de la belle Mayra (surtout dans Comme s'il en pleuvait, remarquable chanson en français, signée Téte), l'a applaudie à tout rompre, saluant aussi la contribution de ses remarquables musiciens. Mayra Andrade donne à qui l'écoute envie de la réentendre. Ave Mayra! Merci d'être venue chanter ici à Montréal... Pour ceux qui ne la connaissent pas encore : www.mayra-andrade.com

lundi, juin 30, 2008

Les pigeons de Pékin

En écho, lointain, au billet précédent sur la raréfaction des oiseaux, en voici un qui pourrait être consolateur. Il rend hommage à l'amour des Pékinois pour leurs pigeons apprivoisés, et au travail émouvant accompli par François Legault en Chine. Vous pourrez entendre ou ré-entendre son reportage sur les pigeons de Pékin en suivant ce lien : http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia%3D/Medianet/2008/CBF/SansDetour200806201008_1.asx Les Pékinois rencontrés par François Legault cette fois-ci ont un âge certain, et cultivent un art qui, selon eux, risquent de disparaître avec leur génération. J'espère vraiment qu'ils sont pessimistes et qu'ils se trompent quant à l'intérêt que peut susciter leur art, parce que leurs pigeons, dont ils équipent les plumes caudales de sifflets spéciaux, produisent en volant selon des schémas précis des effets sonores sublimes. Quel fantasme musical! Qui, parmi les musiciens, n'a jamais comparé un solo réussi à une envolée? Les pigeons de Pékin, ayant l'avantage de voler sans effort, sifflent en choeur des mélodies inédites, qui échappent aux règles du système tonal mais s'harmonisent pourtant. On imagine des anges jouant dans des flûtes de verre... Merci à François Legault pour ce reportage original, et encore bravo pour l'ensemble de son travail.

mardi, juin 17, 2008

L'été et les oiseaux

À l'approche du solstice d'été, la crainte que j'éprouvais quant à une baisse du nombre d'oiseaux se confirme. Entendez-vous les mêmes chants qu'il y a quelques années? Avez-vous, comme moi, des souvenirs d'enfance peuplés de 'mariages' d'oiseaux? Au début du mois, je suis allé près du Mont Orford, sur la rive d'un des lacs 'à-la-Truite' du territoire québécois. J'ai perçu l'appel du pinson à gorge blanche, le cri strident du geai bleu, les notes nostalgiques de la tourterelle, j'ai vu quelques mésanges, mais pas une seule hirondelle, qu'elle soit des granges ou bicolore, sans parler des jaseurs des cèdres, qui, comme leur nom ne l'indique pas, n'envahissent plus les mélèzes depuis des années. Cette fin de semaine, j'étais au bord d'un lac des Laurentides, près de L'Annonciation, et je n'ai presque pas entendu de chant d'oiseaux. Quelques malards plongeaient à l'horizon, mais j'aurais pu compter les oiseaux aperçus sur les doigts d'une seule main. On est loin des foules ailées de mon enfance. Je sais, je sais, les regrets alourdissent l'humeur, tout passe, tout lasse, et 'où est la neige qui tombait l'an dernier?', mais, après avoir perdu la plupart des ineffables chorales de grenouilles, entrons-nous dans une époque sans oiseaux? Le monde sera-t-il peu à peu privé de chants d'oiseaux? Le chant des oiseaux, une musique que même les talibans n'avaient pas songé à interdire... Information : http://qc.news.yahoo.com/s/capress/080428/nationales/oiseaux_disparition http://notre-planete.info/actualites/actu_1665_nombre_oiseaux_migrateurs_declin.php http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/science_actualites/sitesactu/question_actu.php?langue=fr&id_article=3743&id_mag=0 http://www.ec.gc.ca/science/sandejuly02/article1_f.html

mardi, mai 27, 2008

Le Québec interculturel

Les échos de la Commission Bouchard-Taylor couvrent maintenant ceux des exploits de la vice-reine du Canada en France... L'interculturalité est discutée partout. Il était temps, et la Commission accomplit à cet égard un rattrapage indispensable. Mais la question se pose depuis longtemps. Pour ma part, j'ai travaillé il y a 15 ans en éducation interculturelle, en plus de faire partie d'une famille métissée. Je vais tâcher, en plusieurs étapes, de résumer les enjeux identitaires sur le terrain de la vie de tous les jours. Le Québec, d'abord nommé Nouvelle-France et ensuite Canada, est interculturel depuis longtemps. Les premiers explorateurs, climat oblige, n'auraient pas survécu sans l'apport des cultures autochtones. Mais le concept d'interculturalité n'existait pas autrefois, puisque la rencontre de deux cultures impliquait souvent que leurs tenants se tapent dessus allègrement. La France et l'Angleterre l'ont fait pendant des siècles, alors que les rois des uns épousaient les princesses des autres afin d'élargir la portée de leurs dynasties respectives. Avec la Conquête et le repli sur une forme d'intégrisme religieux dont on devrait se souvenir, la province restée vieille France, tandis que Montréal s'anglicisait à l'Ouest et se joualisait à l'Est, continuait de se peupler par familles de douzaines d'enfants. Une fois le Québec moderne précisé, c'est-à-dire avec la nationalisation de l'électricité et l'Expo 67, la famille est devenue moins prolifique, l'immigration plus stratégique, et un projet interculturel est apparu. L'élection du PQ de René Lévesque l'a prouvé en 1976, puisque l'affirmation collective des Canadiens-Français maintenant québécois incluait celle de nombreux immigrants qui s'y identifiaient et avaient participé aux assemblées de cuisine préalables. En même temps, le gouvernement fédéral de P.E. Trudeau commençait à promouvoir le multiculturalisme pour dissoudre la culture québécoise dans une 'mosaïque' colorée et contrait la loi 101 par un flot d'immigrants anglicisateurs. Cela a fonctionné, au point où le Québec s'est dit 'non' à lui-même deux fois, et, faute d'avoir l'autorité étatique de le faire, s'est trouvé contraint de gérer une immigration qui est canadienne avant d'être québécoise. Comment transformer en républicains québécois des gens qui, pour devenir canadiens, prêtent serment à la reine d'Angleterre?

jeudi, mai 15, 2008

Michaëlle, Michaëlle, Michaëlle...

Au-delà du débat sur l'usage de certains termes perçus comme racistes, il faudrait revenir sur la controverse entourant la visite triomphale de Michaëlle Jean à La Rochelle. La médiatisation de cette visite illustre l'importance des symboles en notre époque formidable, au sens premier du mot, et hypermédiatisée. Si certains psychologues ont décrit la monarchie comme le symbole phallique du peuple qui le brandit (sceptre à l'appui, j'imagine), il s'agit d'autre chose dans le cas de la vice-reine du Canada, n'en déplaise au Gentilhomme à la Verge noire, s'il ouvre encore les séances de l'Assemblée nationale, prouvant que la réalité, quand l'occasion se présente, adore la friction. Michaëlle Jean est en effet, sans jeu de mots, un symbole multicolore, pareil à un cerf-volant merveilleux qui monte vers le ciel. En tant que femme noire, elle incarne l'espoir des femmes d'accéder à tous les postes jadis réservés aux hommes et celui de millions de descendants d'esclaves que le racisme soit bel et bien enterré un jour. En tant que Française contrainte à laisser cette nationalité de côté, noblesse de cour oblige, elle embrase la nostalgie de la France envers les arpents de neige qu'elle a perdus. En tant qu'ex-journaliste compétente, elle exprime une pensée originale dans un cadre protocolaire. Le bât blesse cependant dans la récupération dont elle est complice. La monarchie se dresse en effet de toute sa majesté de façade en plein milieu du chemin que Michaëlle Jean elle-même a dû parcourir. Que le pouvoir consente aujourd'hui à lui confier un poste symbolique dépourvu de pouvoir exécutif, mais non de pouvoir symbolique, montre exactement le contraire de ce qu'elle prétend défendre. Elle est complètement récupérée par la droite néo-libérale qui divise pour régner et disperse des miettes de pouvoir vers la gauche pour diluer la démocratie. Qu'elle soit complice de l'annexion au fédéral de l'anniversaire québécois n'est que la goutte dans un vase qui aurait dû déborder depuis longtemps. Pour vraiment passer à l'Histoire et réaliser pour les femmes, les Noirs et la démocratie des progrès qui restent symboliques autrement, elle devrait démissionner avec fracas mondial lors de la cérémonie la plus médiatisée des Fêtes du 400ième de Québec, démolissant le trône sur lequel elle est assise, le tout avec la politesse la plus exquise, bien sûr, pour montrer que la vraie majesté est celle du coeur. En tant que symbole cerf-volant, une fois redescendue sur terre, Michaëlle Jean serait libérée de ceux qui tenaient la ficelle... Et nous aussi.