mardi, mai 27, 2008

Le Québec interculturel

Les échos de la Commission Bouchard-Taylor couvrent maintenant ceux des exploits de la vice-reine du Canada en France... L'interculturalité est discutée partout. Il était temps, et la Commission accomplit à cet égard un rattrapage indispensable. Mais la question se pose depuis longtemps. Pour ma part, j'ai travaillé il y a 15 ans en éducation interculturelle, en plus de faire partie d'une famille métissée. Je vais tâcher, en plusieurs étapes, de résumer les enjeux identitaires sur le terrain de la vie de tous les jours. Le Québec, d'abord nommé Nouvelle-France et ensuite Canada, est interculturel depuis longtemps. Les premiers explorateurs, climat oblige, n'auraient pas survécu sans l'apport des cultures autochtones. Mais le concept d'interculturalité n'existait pas autrefois, puisque la rencontre de deux cultures impliquait souvent que leurs tenants se tapent dessus allègrement. La France et l'Angleterre l'ont fait pendant des siècles, alors que les rois des uns épousaient les princesses des autres afin d'élargir la portée de leurs dynasties respectives. Avec la Conquête et le repli sur une forme d'intégrisme religieux dont on devrait se souvenir, la province restée vieille France, tandis que Montréal s'anglicisait à l'Ouest et se joualisait à l'Est, continuait de se peupler par familles de douzaines d'enfants. Une fois le Québec moderne précisé, c'est-à-dire avec la nationalisation de l'électricité et l'Expo 67, la famille est devenue moins prolifique, l'immigration plus stratégique, et un projet interculturel est apparu. L'élection du PQ de René Lévesque l'a prouvé en 1976, puisque l'affirmation collective des Canadiens-Français maintenant québécois incluait celle de nombreux immigrants qui s'y identifiaient et avaient participé aux assemblées de cuisine préalables. En même temps, le gouvernement fédéral de P.E. Trudeau commençait à promouvoir le multiculturalisme pour dissoudre la culture québécoise dans une 'mosaïque' colorée et contrait la loi 101 par un flot d'immigrants anglicisateurs. Cela a fonctionné, au point où le Québec s'est dit 'non' à lui-même deux fois, et, faute d'avoir l'autorité étatique de le faire, s'est trouvé contraint de gérer une immigration qui est canadienne avant d'être québécoise. Comment transformer en républicains québécois des gens qui, pour devenir canadiens, prêtent serment à la reine d'Angleterre?