jeudi, février 01, 2007

Techno ou grano?

Dans ma cohorte de candidat-e-s à la maîtrise en communication multimédia il y a 10 ans, un clivage s'est dessiné assez vite entre technophiles et technophobes. Ces derniers n'étaient pas vraiment contre la technologie. Comme M. Parenteau, ils refusaient simplement de l'aimer pour elle-même et tentaient de modérer l'emballement numérique, ce qui leur a valu l'appellation de 'granoles'... Leurs camarades 'technos', par contre, semblaient carrément amoureux de la technologie. Certains allaient jusqu'à fantasmer sur la possibilité prochaine d'un cyborg humain, au cerveau serti de microprocesseurs, au corps équipé de prothèses pratiques, un 'million-dollar-man' à la portée de tous. Comme par hasard, il s'agissait plutôt des gars, quoique les dames ne soient pas toujours allergiques aux mutations informatiques. Est-il besoin de préciser que la complicité circulait davantage à l'intérieur de chaque groupe qu'entre les deux? Il y avait même des frictions qui égratignaient l'impassibilité professorale. Cette querelle entre technos et granos continue ici et ailleurs. Dans les sociétés nanties, on dirait qu'une majorité de consommateurs se rue sur les nouveautés avant d'en vérifier les mérites, et surtout bien avant d'en avoir besoin vraiment. C'est que le marketing nous dit de quoi nous avons absolument besoin! À l'échelle planétaire, cependant, le différend technologique-organique prend la tendance tragique d'une guerre entre technoriches et technopauvres. La minorité des pays surindustrialisés ne sait plus quels jouets inventer pour s'amuser, tandis que la majorité des pays en développement travaille d'arrache-pied à fabriquer les jouets en question et espère pouvoir se les payer un jour. Fritz Lang avait vu juste, c'est Métropolis, mais dans une version mondiale qui risque d'exploser, remettant la pendule générale à l'heure biologique, celle de la vie même. Contrairement à ce que suggère le nom des logiciels d'Apple, la iLife n'existe pas...