samedi, novembre 18, 2006
Rêve printanier
Un étrange rêve printanier en cet automne pluvieux... Rêve peut-être lié à la conférence de Nairobi, où la ministre canadienne de l'Environnement a le mérite de clamer sans le savoir le peu de mérite du Canada.
Éveillé par un tumulte d'oiseaux, je sors d'une maison de bois en bordure du Saint-Laurent. Dans le ciel, des milliers d'étournaux volent vers la rive, un 'mariage d'oiseaux', comme il y en avait souvent quand j'étais petit, à Repentigny, chez mes grands-parents. Ils crient ou chantent tous en même temps, comme une folle fanfare de flûtes partie à l'épouvante. Mêlés au vent du fleuve dans les feuilles des grands arbres, leurs sons ressemblent à la grande respiration du monde, l'air frais qui fouette ma peau et que j'inspire à pleins poumons. Je respire l'air sonore et cours pieds nus dans l'herbe, comme pour m'envoler aussi.
Peu friant de nostalgie, je sens pourtant ici la pointe de son iceberg. Où sont passés les oiseaux de mon enfance? Ceux dont les chants annonçaient le matin, qui traversaient le ciel à la tombée du jour, émaillant le coucher de soleil de leurs ailes battantes. Oh, il en reste, des oiseaux. On entend parler du retour impromptu d'espèces rares. Quelqu'un a vu un colibri colombien à l'ïle d'Orléans, un pélican au Nouveau-Brunswick, un tangara en plein hiver... Les outardes semblent souvent voler vers le nord, comme dans Quintet, film que Robert Altman a tourné ici sur le site de l'Expo 67, où Paul Newman en chasseur post-nouvelle ére glaciaire sourit au passage d'une oie blanche.
Sauf que nous en sommes à la séquence précédente, si j'ose dire, en plein réchauffement climatique, celle où les bouleversements se succèdent au point de se fondre en une trame où toute tentative de prévision rejoint pour vrai la dérision traditionnelle vouée au bulletin météo, dérision devenue tristement prophétique. Le temps pour aujourd'hui? Fournaise et glaciation... Autrement dit, pas très favorable aux oiseaux. Quant à la capacité d'adaptation de l'animal humain, objet de sa propre admiration et cause de possible gaïacide, elle se trouve cette fois défiée de toutes parts. Plusieurs individus agitent depuis longtemps la sonnette d'alarme. Et pas des hypocondriaques de la biosphère : Pierre Dansereau, Albert Jacquard, Hubert Reeves, David Suzuki, et Rachel Carlson, auteur du livre Un printemps sans oiseaux. La pagaille de la mondialisation néolibérale couvre leurs propos sensés du vacarme incessant de la publicité. On aime mieux voir Paris Hilton à la campagne que la campagne elle-même.
Dans le silence d'un printemps sans oiseaux, on tendra l'oreille pour rien. Il sera trop tard. Il aurait fallu, bien avant, écouter les oiseaux.
dimanche, novembre 12, 2006
Nous et l'Autre
Je commente ici l'écho médiatique déclenché par la demande d'un groupe religieux d'obstruer les fenêtres d'un centre d'entraînement où des femmes en short attiraient parfois, bien malgré elles, l'attention. Les médias ont surtout rapporté les vives réactions des gens scandalisés par les exigences de ceux qui se scandalisent à la vue du corps féminin. Certaines nuances devraient être ajoutées au débat.
Toute communauté qui dure dans le temps reconnaît ses membres à une série de valeurs et de comportements. L'individu qui cesse d'y adhérer est rejeté, n'appartient plus au 'nous' du groupe. Les Juifs hassidiques maintiennent depuis des siècles un 'nous' centré sur l'obéissance à des préceptes établis avant Jésus-Christ, préceptes que chrétiens et musulmans ont adaptés selon ce qu'ils ont retenu de leur prophète respectif. Les différences entre ces doctrines sont nombreuses, mais toutes dépendent de l'interprétation que l'on fait de textes plutôt poétiques dont personne ne peut détenir l'original, puisque l'entité divine, quelque soit son nom, n'a jamais publié autre chose que l'univers visible (remarquez, c'est déjà beaucoup, et ça devrait suffire).
Avec le 'nous' qu’elle défend, la majorité des citoyens croyant en l'égalité des femmes et des hommes exclut les gens qui s'en tiennent à une lecture ancienne. Parmi les gens critiqués, il y a sûrement des individus, des homosexuels par exemple, qui luttent pour s'affirmer sans se faire exclure. Doivent-ils renoncer au 'nous' de leur groupe social pour être eux-mêmes? Et du côté des modernes qui semblent plus ouverts à l'Autre, est-ce qu'il y a beaucoup de gens prêts à rejeter toute personne qui ne partage pas leur avis, avec des arguments du genre 's'ils ne sont pas contents, qu'ils retournent d'où ils viennent!'?
Est-ce que le 'nous' qui en résulte est québécois?
La société contemporaine exige des citoyens une version très large du 'nous'. C'est ce que les communautés fermées sur elles-mêmes ont du mal à gérer. Les Québécois, dont certains prétendent qu'ils ne constituent pas une nation, doivent inclure dans ce 'nous' le plus de monde possible, y compris des gens à qui il faut expliquer les valeurs communes aux citoyens d'une société moderne. En résumé : liberté, équité, solidarité...
Autre suggestion : si la beauté dépend de l'œil qui regarde, c'est aussi le cas du scandale.
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