mardi, mars 20, 2007
Quelques pensées pour Simon
En ce dernier jour d'hiver, je pense à notre ami, Simon Boily.
Il y a deux mois, Simon était quelque part en Bolivie, pédalant sur son vélo de montagne… Il réalisait un rêve longtemps caressé, celui de parcourir de cette façon les routes des Andes, de rencontrer les gens, de découvrir des odeurs et saveurs nouvelles. On l’imagine facilement embrasser d’un regard pétillant l’immensité des paysages andins, à la mesure de sa joie de vivre habituelle. Il devait rentrer le 14 février, ayant fait part de sa hâte de partager avec parents et amis ses trésors de voyage, faits d’une foule d’émerveillements quotidiens, cueillis au hasard des routes et des rencontres. Malheureusement, on était sans nouvelles de lui depuis quelques semaines, ce qui faisait craindre le pire. Le 14, Simon n’était pas à bord du vol pour lequel il détenait un billet d’avion.
Le pire était arrivé, sans que personne ne l’ait su. Son corps a été trouvé au fond d’un ravin, en contrebas d’une route périlleuse des environs de La Paz, sur les indications d’un appel anonyme reçu par la police. Le fait que seuls passeport et billet d’avion aient été trouvés près du corps, mais pas le vélo ni le havresac, écarte l’hypothèse du simple accident. Celle d’une collision avec un véhicule lourd est possible, mais les résultats de l’autopsie qui a précédé l’incinération imposée par une longue exposition aux intempéries ne sont pas encore connus. Dans ces conditions, il faut renoncer à connaître des détails qui ne feraient qu’amplifier la cruauté du sort. Mieux vaut rendre hommage à la curiosité intellectuelle de Simon, ferment d’une vie empreinte d’une rare intensité.
Biologiste de formation et candidat à la médecine, brasseur artisanal à l’imagination fertile, percussionniste averti, Simon était animé d’un appétit solide pour tout ce que la vie peut offrir. Joanne, Iara, Cori et moi avions parcouru la Côte Nord avec lui, puisqu’il avait gentiment accepté de remplacer à pied levé son ami Pascal Bouchard aux percussions. Pour rendre compte des beaux moments que nous avons vécus avec Simon, je traduis ici le texte que Joanne a publié sur son blog, Un monde YôYê (www.joannegriffith.com).
« Simon a fait preuve d’une valeur incommensurable comme musicien, jouant des tambours et du didgeridoo, et comme être humain. Nous sommes devenus amis tout de suite. Il était comme un petit frère voyageant avec notre famille (…) Nous avons joué entre autres endroits à Baie Comeau et à Sept-Îles, découvrant avec lui une région magnifique. Il était un puits d’information et un excellent voyageur, même dans l’adversité d’une… ah non! panne d’automobile. Oh, les joies de la tournée! Au fil des nombreux kilomètres, en sirotant une riche infusion de maté argentin, il nous offrait des histoires de séjours en forêt pour divers projets scientifiques ou en quête de champignons rares (il était diplômé en biologie)… Il a même bravé les moustiques et mouches noires des marais pour nous faire goûter de précieuses baies de chicoutai dans la région de Sept-îles. Il était aussi très fier de nous faire connaître les produits des artisans au grand cœur de sa région natale du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Grâce à lui, nous avons découvert des fromages et d’autres produits locaux délicieux. Nous étions aussi aux premières loges pour savourer la bière de qualité qu’il brassait avec son frère Mathieu. Il nous a raconté les activités familiales qu’il affectionnait, comme la grande cueillette qui menait au super vin de framboises de son père. Nous avons partagé des moments mémorables avec sa famille lors de deux spectacles différents, notamment dans le cadre magique du Café de la Poste à Sainte-Rose-du-Nord, l’un des plus beaux villages du Québec, grâce à la chaleur et au rire de ses parents, sa tante, son oncle et sa cousine, au long d’une fraîche soirée saguenéenne. Simon Boily était un vrai citoyen du monde qui rêvait de voyager en Amérique du Sud pour s’imprégner de culture et échanger son amour de la musique, surtout de la flûte, avant de revenir étudier en médecine. Il possédait ce que je considère comme certaines des merveilleuses qualités d’un grand musicien : l’ouverture, la curiosité, l’enjouement, la générosité et un courage inspirant. C’est à cause de la connivence avec des esprits comme le sien que j’aime faire ce que je fais. Je m’en souviendrai toujours, et suis reconnaissante d’avoir croisé sa route, même brièvement. Simon, ton cœur s’est arrêté, mais ton tambour continue de me faire danser sur le chemin de la vie. »
Le 10 mars, nous avons participé à la touchante cérémonie qui réunissait dans une église d’Alma les très nombreux amis de Simon, venus entourer ses parents éplorés. Le groupe Mosaïque, dont il faisait partie, a témoigné en musique de la profondeur du lien musical qui les unissait. Joanne et moi avons offert Amazing Grace et Vole, petite aile, à la demande de la famille, ce qui nous a permis d’adoucir notre propre peine en même temps qu'un peu de celle des gens qui n’ont pas eu le bonheur de jouer de la musique avec Simon. Les amis de Simon étaient ensuite invités à lui rendre hommage de façon informelle, comme lui-même en avait par hasard exprimé le souhait, dans la chaleureuse maison de Pascal, qui a montré à tous un accueil touchant. J’ai accompagné Joanne pour dédier à la mémoire de Simon un Sensitive Kind très doux, et joint ma guitare à celle du père de Sylvie Jean, Pierre, dans une version bien sentie de Contigo en la distancia. Il ne manquait que Iara pour la chanter (elle aime beaucoup cette chanson de Cesar Portillo de la Luz, reprise par Caetano Veloso et popularisée plus récemment par Christina Aguilera), mais elle avait écrit un poème pour Simon, qui a été transmis à la famille. Le voici :
À tous ceux qui ont dû quitter cette Terre avant leur temps
À celui que nous pleurons sans savoir s’il nous entend
À toi qui seras toujours dans nos cœurs
Qui nous déchires de n’être plus que pensées
Mais à qui nous offrons nos douleurs
Dans la plus profonde sincérité
À toi qui rêvais de t’envoler ailleurs
Jusqu’aux sommets de toutes tes questions inusitées
Parmi les fauves et les fleurs
Certains te diraient fou, mais d’autres, déterminé!
Car c’est dans l’absence du doute que nous avons connu ta grande bonté
Si tu es ici, dis-toi que nous serons toujours là
Toujours là pour nous souvenir du bonheur que tu nous as apporté
Et de tous les trésors que tu nous as fait découvrir
C’est dommage car aujourd’hui nous souffrons
Mais c’est pour te dire à quel point nous t’aimons
Même si tu n’es plus que souvenir
Rappelle-toi que chaque fois que l’on entend ton nom
On se souvient des plus beaux moments passés avec toi, Simon
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