lundi, décembre 04, 2006
Merci Michel
Michel Rivard est un des grands de la chanson d'expression française. Il préfère le simple titre d'artisan, c'est tout à son honneur. Sur Confiance, son nouveau disque, il l'assume avec 13 titres qu'il a polis tout seul, ou presque, dans son propre studio, les complétant avec la complicité de Sylvain Clavette à la percuterie, comme il dit, et au mixage.
Pardonnez-moi de l'appeler par son prénom, on se connaît depuis le Collège Sainte-Marie et la vie nous a rapprochés ou éloignés au fil des ans, sans raisons précises, comme la marée. En acceptant de nous conseiller, Joanne Griffith et moi, au début du projet YôYê, Michel nous avait fait écouter Les chemins de gravelle, qui nous avait ravis tant par sa facture sonore à la fois simple et inventive que par la sagesse de son contenu. Nous avions exprimé notre plaisir d'auditeurs privilégiés de son 'work-in-progress' et notre... confiance pour la suite de sa démarche d'artisan solitaire.
Trois ans plus tard, Michel livre le résultat de sa patience, un bouquet de chansons qui semble avoir fleuri après une jolie pluie, Le goût de l'eau, hommage à la magie de l'amour quotidien. Comme Jim Corcoran, autre artisan subtil de la chanson, le signalait cette semaine, Michel Rivard révèle la grandeur des petites choses. Du clin d'oeil au vélo de son enfance (Robinoude), début de liberté, à l'appel au 'pays qui branle dans le manche de sa guitare' pour qu'il trouve l'accord manquant à un Québec libre, Michel saisit la trame impressionniste de notre existence et tire des trésors d'objets à prime abord anodins. Cet Aladin moderne, qui sait depuis longtemps que 'le monde a besoin de magie', fait sortir le génie de n'importe quelle lampe, à force de frotter. Confiance, persévérance : voilà le secret. Est-ce une relecture du 'patience et longueur de temps' de Lafontaine? Loin de la fable animalière, la surréaliste Chien rouge alterne entre les pôles de l'ordinaire, l'amour, la mort. Persistence rétinienne dans Photo dans ma tête, ouverture à l'autre et à soi-même dans la chanson-titre et dans J'te dis oui, le fil conducteur se fait bienveillance avec Seize ans déjà et acceptation existentielle dans la pittoresque Rivière. La constance s'affirme par une remise en question dans Si, par malheur, et par son contraire extrême dans Une bonne affaire, exercice de style 'film noir' qui renvoit au Privé du disque Un trou dans les nuages et nous mène près d'un lac perdu, au bord de l'eau, encore une fois.
Les chansons de Confiance sont de cette eau, parfois trouble, parfois limpide, qui coule au jour le jour et transporte nos vies vers 'le beau grand jamais vu'... Merci Michel.
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