jeudi, février 15, 2007

Wajdi Mouawad, Artiste pour la Paix 2006

Félicitations à Wajdi Mouawad, Artiste pour la Paix 2006, pour son initiative pacifiste réunissant des auteurs aux prises avec des conflits plus grands qu'eux, comme ceux qui opposent le Liban, Israël et la Palestine. L'expression artistique constitue l'une des seules forces qui puissent résister à la spirale de la violence. Les Artistes pour la Paix, dont je suis membre, croient fermement que la créativité nourrit le pacifisme, principe qui peut servir de fondement à toute entreprise civilisatrice.   C'est un principe exigeant, qui décourage souvent ceux pour qui la violence semble inévitable, ceux pour qui elle fait partie de la nature humaine. La nature, pourtant, n'use de violence que par nécessité immédiate. Le dicton « l'homme est un loup pour l'homme » est trompeur. Si nous étions comme les loups, nous serions moins violents. Selon l'éthologue Konrad Lorenz, le loup qui attaque un rival arrête quand ce dernier lui offre sa gorge. Une inhibition instinctive intervient. L'être humain, ayant fait passer beaucoup d'aspects de son psychisme de la nature à la culture, doit apprendre peu à peu à se retenir, à se pacifier. Cette éducation essentielle fait partie de la plupart des apprentissages sous toutes les latitudes. Elle échoue à l'échelle sociale, parce que les États, dirigés par des chefs qui n'ont plus à se battre eux-mêmes, usent de violence presque sans honte.   Les États-Unis, qui pourtant vantent de leur démocratie, sont à eux seuls intervenus illégalement dans des douzaines de conflits au cours des dernières décennies, abusant de la force que leur procure la plus grande armée de l'Histoire de l'humanité pour servir un mode de vie glouton. Cette violence donne le mauvais exemple à de nombreux régimes, aux armées souvent subventionnées par l'oncle Sam. La violence des riches n'a rien de naturelle. Elle dénature au contraire les efforts que déploient la plupart des gens pour vivre paisiblement.   L'art et les artistes nous aident à dire l'essentiel. L'essentiel, en ce XXIième siècle de tous les dangers, c'est de cultiver la paix.

mardi, février 13, 2007

La musique du monde à l'OSM

Combien de gens oublient que la musique se déploie en temps réel entre celles et ceux qui la jouent et leurs auditeurs? On confond souvent ce qu'elle est vraiment avec toutes les formes qu'elle prend une fois enregistrée. Le 7 février, au concert de l'OSM avec Luck Mervil et ses invités, sous la direction de Guy Saint-Onge, la musique sur le vif a franchi les frontières, non seulement des pays d'origine des participants, mais aussi des traditions coloniales et des préjugés... Comme Luck l'a souligné lui-même, la musique était la grande vedette du spectacle. En même temps, il y avait un aspect laboratoire fascinant, parce que les limites d'un grand orchestre en termes de coût de répétition ne permettent pas de passer de nombreuses heures à peaufiner l'exécution. Il faut atteindre rapidement la qualité voulue. Compte tenu de ce frein, le résultat était positif. Comparé à ce qui serait possible, il y a encore du travail à faire, notamment du côté des problèmes posés par l'amplification nécessaire d'instruments dans une tradition où le son passe normalement de l'instrumentiste à l'auditeur sans intermédiaire. Nous avons vécu de beaux et grands moments dès l'ouverture avec H'Sao, puis avec Syncop et sa version entraînante du Chant de l'exil de feu Al-Harrachi, popularisé par Rachid Taha, ensuite avec Dobacaracol dans une chanson de folklore élargie de la Nouvelle-France à toute la Francophonie. Le Construçao de Chico Buarque, chanson au concept symphonique d'origine, interprété par Monica Freire, était sans doute le sommet orchestral de la soirée, montrant qu'une forme déjà apprivoisée franchit mieux les obstacles. le Ti-Pay-A de Luck s'est animé de façon émouvante, puis toute la salle a dansé dans la chanson suivante, fait très rare à la Place des arts. En rappel : le hit de l'exil avec Syncop et tous les artistes, dans sa forme la plus consolatrice, avec participation enthousiaste de toute la foule...