vendredi, avril 20, 2007

Encore...

Encore une fois… Un autre tueur fou, d’autres morts absurdes. D’autres réactions dévastées, d’autres deuils médiatisés ad nauseam. Les mêmes ingrédients, pourtant : un déséquilibré armé jusqu’aux dents se sent rejeté et trouve que les autres doivent être punis sévèrement. Comme auparavant, lors des fusillades de Polytechnique, de Colombine ou de Dawson, le débat divise deux camps. Ceux qui mettent en cause la prolifération des armes, et ceux qui limitent la faute aux troubles psychologiques d’individus spécifiques. En fait, on ne peut nier le lien direct qui existe entre le nombre d’armes en circulation et celui des victimes par balles, et il faut admettre que notre époque individualiste à outrance produit plus de déments. L’un n’exclue pas l’autre, au contraire. Cependant, si une surveillance étroite tyrannise autant les citoyens que les crimes qu’elle tenterait de prévenir, restreindre la possession d’armes est acceptable, ne serait-ce qu’en tant qu’expression de solidarité. Sans solidarité, on va vers le chaos. Justement, ce qui fait que l’horreur se répète, c’est qu’on encourage tout un chacun à assurer individuellement sa sécurité. Achetez ce gros 4X4, c’est du solide! Sous-entendu : dans une collision, ce n’est pas vous qui mourrez. On oublie de dire que vous ne trouveriez pas drôle d’écrabouiller votre voisin dans sa deux places… Dans le cas des armes, c’est pire. En milieu urbain, même si vous n’avez rien d’un fou furieux, la possession d’une arme vous donne prise sur la vie d’autrui. Le contrat social devrait exclure d’emblée ce genre d’abus de pouvoir des individus les uns sur les autres. Traditionnellement, l’usage des armes est réservé à la police et à l’armée, dans un cadre bien défini qui, normalement, interdit les abus. Aux États-Unis, seule une interprétation erronée de la Constitution autorise le glissement du port d’armes des « milices » vers l’ensemble des citoyens. Si l’industrie des armes et la NRA n’avaient pas tant d’influence, la lacune légale aurait déjà été comblée. Dans le contexte de la dictature du profit, on continue de marchander les armes au mépris du bien commun, de préférer le chacun pour soi rentable dans l’immédiat à la paix sociale et à l’investissement réfléchi. Pour la société la plus riche du monde, le sang de citoyens innocents est-il le prix de la prospérité?