dimanche, décembre 31, 2006

L'esprit de Noël : l'enfant père de l'homme

Dans l'esprit de Noël, le sens profond de la paternité et du miracle de l'enfance nous a été livré le 20 décembre en toute simplicité par Richard Cummings, reçu par Christiane Charette sur les ondes de Radio-Canada. M. Cummings parlait de son fils Michaël, porteur d'une maladie mortelle et décédé il y a trois ans. Il décrivait sa relation avec cet enfant à la fois surdoué et frêle comme l'ayant véritablement mis au monde sur le plan de la conscience. Comme mon ami Philippe Laloux l'a relaté dans sa chanson L'enfant est le père de l'homme, c'est la dimension souvent oubliée contenue dans le mystère de l'enfance et transmise par le mythe du petit Jésus : le monde se refait dans chaque enfant qui naît. Du même élan qui inspire la célébration des ancêtres, on peut se prosterner devant tout bébé, porteur de la vie sans cesse recommencée. Dommage que la religion (au nom du Père jaloux de la Mère...) ait perverti ce message fondateur de l'humanité elle-même. L'enfant que nous accueillons et dont nous prenons grand soin nous donne vie à son tour : il nous ouvre à l'amour absolu.

jeudi, décembre 14, 2006

L'art de la récupération

L'élection de Stéphane Dion à la tête de son parti est un coup du sort qui émane de l'art de la récupération chez les fédéralistes. Paul Martin l'a pratiqué de main de maître en nommant Michaëlle Jean vice-reine du Canada : même quelqu'un comme elle, qui avait tout pour comprendre la manipulation implicite, s'est vue contrainte de relever le défi d'un rattrapage historique des symboles, telle Cendrillon promue reine du bal (au moins, elle sait danser). Mulroney l'avait fait longtemps avant en confiant à la regrettée Corinne Côté-Lévesque un poste de commissaire à l'immigration. Les militants libéraux l'ont fait d'instinct... ou par imitation. Cette fois, c'est la Revanche du Nerd... M. Dion, comme il semblait content de le souligner, a profité astucieusement d'avoir été sous-estimé. Sans le charisme de bandit de Chrétien ou la 'deep pocket' de Martin, il a misé sur la raison et devancé ses rivaux. Avec des propos de vainqueur sobres et mesurés, il renonçait au ton baveux de la 'loi sur la clarté' (dont il reste fier!). Il offre ainsi de récupérer l'adhésion d'une foule de Canadiens anonymes qui font de leur mieux, étaient de bons élèves comme lui, restent honnêtes contribuables malgré les commandites, mais ont rarement voix au chapitre. De plus, Dion est sincère dans ses opinions et son sentiment d'appartenance au grand Canada, celui de 'nos Rocheuses', chanté par Trudeau d'une voix métallique, ce qui récupère aussi les nostalgiques de l'impossible rêve. L'argument écolo, au-delà de toute crédibilité vérifiable cette fois, rallie les pro-Kyoto excédés par l'affairisme albertain d'un Harper prêt à vendre ses frères des autres provinces pour un plat de lentilles (médiatiques, grossissant son égo) au bitume. Le Parti libéral, qui tâche de se remettre de la corruption liée à un règne trop long, doit récupérer le vote québécois, obligatoire pour un gouvernement majoritaire. Est-ce que Dion livrera cette marchandise capricieuse ? Peut-être, s'il récupère les fans de la Dion la plus célèbre...

lundi, décembre 04, 2006

Merci Michel

Michel Rivard est un des grands de la chanson d'expression française. Il préfère le simple titre d'artisan, c'est tout à son honneur. Sur Confiance, son nouveau disque, il l'assume avec 13 titres qu'il a polis tout seul, ou presque, dans son propre studio, les complétant avec la complicité de Sylvain Clavette à la percuterie, comme il dit, et au mixage. Pardonnez-moi de l'appeler par son prénom, on se connaît depuis le Collège Sainte-Marie et la vie nous a rapprochés ou éloignés au fil des ans, sans raisons précises, comme la marée. En acceptant de nous conseiller, Joanne Griffith et moi, au début du projet YôYê, Michel nous avait fait écouter Les chemins de gravelle, qui nous avait ravis tant par sa facture sonore à la fois simple et inventive que par la sagesse de son contenu. Nous avions exprimé notre plaisir d'auditeurs privilégiés de son 'work-in-progress' et notre... confiance pour la suite de sa démarche d'artisan solitaire. Trois ans plus tard, Michel livre le résultat de sa patience, un bouquet de chansons qui semble avoir fleuri après une jolie pluie, Le goût de l'eau, hommage à la magie de l'amour quotidien. Comme Jim Corcoran, autre artisan subtil de la chanson, le signalait cette semaine, Michel Rivard révèle la grandeur des petites choses. Du clin d'oeil au vélo de son enfance (Robinoude), début de liberté, à l'appel au 'pays qui branle dans le manche de sa guitare' pour qu'il trouve l'accord manquant à un Québec libre, Michel saisit la trame impressionniste de notre existence et tire des trésors d'objets à prime abord anodins. Cet Aladin moderne, qui sait depuis longtemps que 'le monde a besoin de magie', fait sortir le génie de n'importe quelle lampe, à force de frotter. Confiance, persévérance : voilà le secret. Est-ce une relecture du 'patience et longueur de temps' de Lafontaine? Loin de la fable animalière, la surréaliste Chien rouge alterne entre les pôles de l'ordinaire, l'amour, la mort. Persistence rétinienne dans Photo dans ma tête, ouverture à l'autre et à soi-même dans la chanson-titre et dans J'te dis oui, le fil conducteur se fait bienveillance avec Seize ans déjà et acceptation existentielle dans la pittoresque Rivière. La constance s'affirme par une remise en question dans Si, par malheur, et par son contraire extrême dans Une bonne affaire, exercice de style 'film noir' qui renvoit au Privé du disque Un trou dans les nuages et nous mène près d'un lac perdu, au bord de l'eau, encore une fois. Les chansons de Confiance sont de cette eau, parfois trouble, parfois limpide, qui coule au jour le jour et transporte nos vies vers 'le beau grand jamais vu'... Merci Michel.

samedi, novembre 18, 2006

Rêve printanier

Un étrange rêve printanier en cet automne pluvieux... Rêve peut-être lié à la conférence de Nairobi, où la ministre canadienne de l'Environnement a le mérite de clamer sans le savoir le peu de mérite du Canada. Éveillé par un tumulte d'oiseaux, je sors d'une maison de bois en bordure du Saint-Laurent. Dans le ciel, des milliers d'étournaux volent vers la rive, un 'mariage d'oiseaux', comme il y en avait souvent quand j'étais petit, à Repentigny, chez mes grands-parents. Ils crient ou chantent tous en même temps, comme une folle fanfare de flûtes partie à l'épouvante. Mêlés au vent du fleuve dans les feuilles des grands arbres, leurs sons ressemblent à la grande respiration du monde, l'air frais qui fouette ma peau et que j'inspire à pleins poumons. Je respire l'air sonore et cours pieds nus dans l'herbe, comme pour m'envoler aussi. Peu friant de nostalgie, je sens pourtant ici la pointe de son iceberg. Où sont passés les oiseaux de mon enfance? Ceux dont les chants annonçaient le matin, qui traversaient le ciel à la tombée du jour, émaillant le coucher de soleil de leurs ailes battantes. Oh, il en reste, des oiseaux. On entend parler du retour impromptu d'espèces rares. Quelqu'un a vu un colibri colombien à l'ïle d'Orléans, un pélican au Nouveau-Brunswick, un tangara en plein hiver... Les outardes semblent souvent voler vers le nord, comme dans Quintet, film que Robert Altman a tourné ici sur le site de l'Expo 67, où Paul Newman en chasseur post-nouvelle ére glaciaire sourit au passage d'une oie blanche. Sauf que nous en sommes à la séquence précédente, si j'ose dire, en plein réchauffement climatique, celle où les bouleversements se succèdent au point de se fondre en une trame où toute tentative de prévision rejoint pour vrai la dérision traditionnelle vouée au bulletin météo, dérision devenue tristement prophétique. Le temps pour aujourd'hui? Fournaise et glaciation... Autrement dit, pas très favorable aux oiseaux. Quant à la capacité d'adaptation de l'animal humain, objet de sa propre admiration et cause de possible gaïacide, elle se trouve cette fois défiée de toutes parts. Plusieurs individus agitent depuis longtemps la sonnette d'alarme. Et pas des hypocondriaques de la biosphère : Pierre Dansereau, Albert Jacquard, Hubert Reeves, David Suzuki, et Rachel Carlson, auteur du livre Un printemps sans oiseaux. La pagaille de la mondialisation néolibérale couvre leurs propos sensés du vacarme incessant de la publicité. On aime mieux voir Paris Hilton à la campagne que la campagne elle-même. Dans le silence d'un printemps sans oiseaux, on tendra l'oreille pour rien. Il sera trop tard. Il aurait fallu, bien avant, écouter les oiseaux.

dimanche, novembre 12, 2006

Nous et l'Autre

Je commente ici l'écho médiatique déclenché par la demande d'un groupe religieux d'obstruer les fenêtres d'un centre d'entraînement où des femmes en short attiraient parfois, bien malgré elles, l'attention. Les médias ont surtout rapporté les vives réactions des gens scandalisés par les exigences de ceux qui se scandalisent à la vue du corps féminin. Certaines nuances devraient être ajoutées au débat. Toute communauté qui dure dans le temps reconnaît ses membres à une série de valeurs et de comportements. L'individu qui cesse d'y adhérer est rejeté, n'appartient plus au 'nous' du groupe. Les Juifs hassidiques maintiennent depuis des siècles un 'nous' centré sur l'obéissance à des préceptes établis avant Jésus-Christ, préceptes que chrétiens et musulmans ont adaptés selon ce qu'ils ont retenu de leur prophète respectif. Les différences entre ces doctrines sont nombreuses, mais toutes dépendent de l'interprétation que l'on fait de textes plutôt poétiques dont personne ne peut détenir l'original, puisque l'entité divine, quelque soit son nom, n'a jamais publié autre chose que l'univers visible (remarquez, c'est déjà beaucoup, et ça devrait suffire). Avec le 'nous' qu’elle défend, la majorité des citoyens croyant en l'égalité des femmes et des hommes exclut les gens qui s'en tiennent à une lecture ancienne. Parmi les gens critiqués, il y a sûrement des individus, des homosexuels par exemple, qui luttent pour s'affirmer sans se faire exclure. Doivent-ils renoncer au 'nous' de leur groupe social pour être eux-mêmes? Et du côté des modernes qui semblent plus ouverts à l'Autre, est-ce qu'il y a beaucoup de gens prêts à rejeter toute personne qui ne partage pas leur avis, avec des arguments du genre 's'ils ne sont pas contents, qu'ils retournent d'où ils viennent!'? Est-ce que le 'nous' qui en résulte est québécois? La société contemporaine exige des citoyens une version très large du 'nous'. C'est ce que les communautés fermées sur elles-mêmes ont du mal à gérer. Les Québécois, dont certains prétendent qu'ils ne constituent pas une nation, doivent inclure dans ce 'nous' le plus de monde possible, y compris des gens à qui il faut expliquer les valeurs communes aux citoyens d'une société moderne. En résumé : liberté, équité, solidarité... Autre suggestion : si la beauté dépend de l'œil qui regarde, c'est aussi le cas du scandale.

jeudi, octobre 19, 2006

Une grande amie de la chanson

Je me joins aux nombreux auditeurs de Monique Giroux, qui fête ses vingt ans de métier, pour saluer en elle une grande amie de la chanson et de ses artisans. Son enthousiasme contribue en effet à l'entente possible entre des générations qui se définissent volontiers par leurs goûts musicaux, à l'exclusion de ceux des autres. Présente des deux côtés de l'Atlantique, parfois simultanément (magie des ondes, sors de ce corps!), celle qu'on pourrait surnommer SuperMonique entretient la connivence francophone des amateurs de chansons qui s'ignorent souvent eux-mêmes, tels des Monsieurs Jourdains de la rime musicale. Ravie par la nouveauté, elle adore faire part de ses découvertes, ce dont des artistes moins connus bénéficient à l'occasion. Le seul bémol que je poserais, délicatement, à la portée de mes propos, tient à sa discrétion et à sa diplomatie quant à ce que son oreille exercée perçoit vraiment, puisque parmi le flot généreux de ce qu'elle diffuse il y a des voix fluettes qui faussent (oui, même toi, Charlotte!) et des groupes dont le son intempestif bafoue toute prosodie. Je ne m'attends donc pas à ce que Monique Giroux invite Malajube à prendre des cours (ou des flèches) chez Karkwa, mais elle pourrait de temps à autre inviter quelqu'un à dire franchement ce que tel ou tel artiste livre sur le vif, là où la musique ne ment qu'à grand renfort technologique. Parce qu'une fois enregistrées, les fréquences sont à peu près tout, sauf libres...

jeudi, octobre 12, 2006

Salut Bernard!

Le grand jazzman Bernard Primeau nous a quittés juste avant le lancement de son dernier disque. Je salue ici son parcours impressionnant et l'énergie qu'il déployait au service de sa passion musicale. J'avais échangé des propos amicaux avec lui avant Noël l'an dernier, alors qu'il présentait un disque bien jazzé de musique du temps des Fêtes. Enregistré avec des complices d'expérience, il en avait fait une sorte de bilan de sa vie, un regard touchant vers son enfance dans l'Est de Montréal, un hommage à tous ceux qui avaient fait de lui un musicien accompli, famille, voisins et amis, tous chaleureusement remerciés avec humour et sincérité au moment de jouer quelques pièces. On comprend maintenant que Bernard connaissait probablement le mal qui l'attaquait et allait à l'essentiel avant qu'il ne soit trop tard. J'espère que les médias vont diffuser des extraits de son dernier opus, enregistré en collaboration avec l'ensemble des Violons du roi, parce qu'ils ne l'ont pas fait ces jours-ci, même après avoir souligné tout ce que Bernard Primeau représentait pour le jazz d'ici. Pour ma part, je garderai le souvenir d'un grand musicien, toujours prêt à entreprendre, à organiser, à créer les conditions propres à son art, assumant tous les risques du geste musical.

dimanche, octobre 08, 2006

Songe, mensonge, et geste musical

J'ai rêvé cette nuit que je discutais avec un ami musicien qui me soupçonnait d'avoir inclus un échantillonneur sur scène, pour accompagner Joanne Griffith... Il me disait gentiment que c'était tout à fait acceptable pour réussir certains passages et obtenir la texture sonore voulue. Je lui disais de ne pas confondre la musique jouée sur le vif et ce qu'elle devient dès qu'on l'enregistre, pour ne pas risquer « l'effet Karaoké » en synchronisant du son organique vivant à des objets sonores à peu près immuables. À l'expression floue de son regard, je devinais qu'il n'avait jamais clairement réfléchi à ce qui les distingue l'un de l'autre. Comme la liste est longue, je ne croyais pas parvenir à la lui livrer. Mais ce n'était qu'un songe... Pour illustrer mon propos une fois éveillé, je rappellerais le geste de James Taylor lors d'un concert télédiffusé : il avait présenté un magnétophone comme un second guitariste pour une chanson. En plaçant l'appareil sur scène à ses côtés, Taylor évacuait avec hunour le doute funeste qui aurait assailli l'oreille intelligente à l'apparition « magique » d'une seconde guitare. On entendait le public rire avec complicité avant d'accueillir l'agréable combinaison des deux guitares, la « vraie », tenue par l'artiste, et « l'artificielle », rendue par l'enregistrement. Est-ce que cette solution occasionnelle pourrait être d'emblée appliquée à toutes les situations? Absolument pas. La tentation est forte, mais chaque cas requiert un examen minutieux de toutes les composantes. La musique jouée sur le vif se tient-elle? L'ajout de matériel sonore enregistré est-il compris dans toutes ses implications? L'impression donnée est-elle souhaitée? J'ai par exemple constaté qu'un contrebassiste synchronisant son geste « jazz traditionnel » à un son de basse slappée émanant d'un laptop détruisait son jeu au fur et à mesure, dans un effet psychotronique involontaire. Même phénomène pour l'accordéon MIDI qui permet au musicien technophile d'émettre la Toccate et fugue en ré mineur de Bach avec les ronflements grandioses de l'orgue de Notre-Dame... On ne peut pas soudainement faire accepter sans ridicule de tels raccourcis après des siècles de lutherie traditionnelle au cours desquels le public a compris le lien entre le geste et la note. Une bonne part du plaisir du mélomane découle d'un petit miracle sans cesse renouvelé : le geste musical.

mercredi, octobre 04, 2006

Deux accidents

Notre vie nord-américaine est encore marquée ces derniers jours par des événements tragiques faisant au moins une dizaine de victimes innocentes. Une tuerie (une autre...) dans une petite école en pays Amish, en Pennsylvanie, et l'écroulement surprise d'un viaduc à Laval. D'emblée sans lien entre eux, ces événements ébranlent pourtant notre sentiment de sécurité. Le fait de rouler sur une route en toute prudence ou d'être assis paisiblement à l'école ne nous abrite pas de la folie du monde. Et que nous disent les médias? Dans le cas de l'école Amish, on apprend qu'il s'agit d'un fou furieux aux tendances pédophiles ayant lui-même perdu une fillette il y a quelques années. Dans le cas du viaduc, on attend l'enquête qui devrait révéler les causes de l'effondrement. On entend donc un début d'explication dans un cas, une absence d'explication dans l'autre, mais dans les deux une sorte d'acceptation de l'Accident, au sens large. Pourtant, l'absurde quantité d'armes à feu en circulation aux États-Unis rend ce type d'accident prévisible, non pas précisément, mais dans l'ensemble. On justifie l'absence de mesures préventives en disant qu'il est impossible de savoir quand et où quelqu'un va perdre la raison et tirer sur n'importe qui. Sauf qu'en réduisant le nombre d'armes disponibles, on réussirait sûrement à éviter un certain nombre d'accidents. Dans le cas des accidents routiers, il y a au moins deux mesures préventives. Individuellement d'abord, passer moins de temps en voiture, surtout aux heures de pointe alors que ponts et viaducs sont encombrés. Ensuite collectivement, inspecter sérieusement les... inspecteurs, et les protocoles d'inspection. Le viaduc écroulé à Laval avait subi l'an dernier une inspection qui n'a servi à rien. Le gouvernement ordonne aujourd'hui de tout ré-inspecter. Les résultats risquent d'être décevants. Si des failles grugent de nombreux ouvrages de voirie, on dira « comment a-t-on laisser passer ça? » et il faudra enquêter sur les inspections. Si rien n'est révélé, on en sera au même point : pourquoi un viaduc inspecté l'an dernier est-il tombé? Tandis qu'en passant au peigne fin les rapports d'inspection et la « culture » de l'inspection routière, à commencer par l'approbation des devis, on saurait rapidement à quoi s'en tenir.

jeudi, septembre 28, 2006

Par une journée d'automne, un monarque fatigué...

Nous avons eu une très belle journée de début d'automne, hier à Montréal, et pour l'instant c'est pareil aujourd'hui. La lumière oblique pose du miel sur les feuilles déjà dorées. Les sons semblent plus clairs dans l'air frais, les chants d'oiseaux par exemple. Peut-être que les oiseaux sentent eux aussi que les jours cléments achèvent. Pendant que le monde des humains s'agite dans sa tourmente, la nature se prépare au repos, à ce sommeil tout relatif qu'est l'hiver. Un papillon monarque se pose sur la pelouse, battant des ailes très lentement. Nous l'observons ma fille de 10 ans et moi, puis nous prenons une photo de lui les ailes ouvertes, figeant cette beauté frappante et fragile et nous demandant s'il a déjà fait l'an dernier le voyage au Mexique propre à son espèce. Est-ce un vieux papillon, trop fatigué pour repartir? Spontanément, notre pensée voyage à sa place et imagine un arbre couvert du battement orangé et noir des monarques sur quelque sommet mexicain. Plus tard, le papillon reste figé, comme sa photo, mais les ailes fermées. Il me semble que le souvenir de ses derniers instants va m'habiter davantage que celui de sa dépouille, que ma fille a cueillie délicatement pour me la montrer de près. L'effet de la photo sans doute, mais aussi de la si légère suspension du temps qu'offrent les ailes d'un papillon et un regard d'enfant.

jeudi, septembre 21, 2006

Dawson... une société désarmée?

L'écho de la fusillade du Collège Dawson la semaine dernière n'a pas fini de retentir. Les étudiants sont retournés en classe, les funérailles de leur camarade abattue ayant rassemblé plusieurs d'entre eux autour des parents et amis. Les témoignages étaient émouvants, la couleur rose de certains vêtements, portée en hommage à la personnalité de la victime, tranchait sur le noir du deuil. « Elle reste vivante dans nos cœurs », disait un élégant jeune homme noir à la cravate fushia. Cet accès à l'immortalité est souvent le seul qui nous est donné, il faut avoir la sagesse de s'y arrêter, mais y accéder si jeune et de façon brutale est horrible. Les parents qui restent hantés par le chagrin sont condamnés à long terme à un courage difficile. Des coups de feu les réveilleront en pleine nuit, au cours d'un sommeil sans doute à peine acquis. Les parents du tueur traînent un poids insupportable... Comment leur enfant s'est-il transformé en quelques années en soldat fou, sans ennemi réel mais en guerre contre le monde entier? Est-ce que la société soutient assez les parents dans l'éducation de citoyens équilibrés? Autre question touchant notre responsabilité collective : pourquoi laissons-nous quiconque en a la fantaisie acheter des armes qui n'ont aucun usage justifiable? Nous vivons dans un « pays libre », dit-on. Liberté, liberté... que de crimes commis au nom d'une liberté mal comprise. Dès qu'un citoyen possède une arme, il s'arroge un droit de vie ou de mort sur ses voisins, abusant totalement de la liberté que lui donne une société confiante. Il faut aller au-delà du débat sur le registre des armes à feu et établir fermement un principe de désarmement systématique. Au Canada, il y a près de 7 millions d'armes en possession de simples citoyens. C'est malsain. Nous glissons vers une catastrophe à l'américaine. La paix sociale est menacée par la détention d'armes, si tranquille soit-elle, parce que des citoyens armés ne sont ni paisibles ni libres.

mercredi, août 30, 2006

La rentrée

La rentrée a lieu de plus en plus tôt chaque fin d'été, ce qui a quelque chose d'assez déprimant. Pourtant, l'été au Québec doit être saisi comme le moment présent auquel il se confond par sa brièveté, ce que les plaisantins nous rappellent régulièrement. On a beau recourir à l'humour, l'été achève et tout semble fait pour hâter sa fin. C'est dommage. Au lieu de savourer les beaux jours où l'on peut se prélasser au soleil, écouter le frais gazoullis des oiseaux et de la source claire, on se garroche au travail ou dans les magasins, pressés de reprendre notre place dans la chaîne de la consommation. La circulation urbaine retrouve son vrombissement, les écoles et les bureaux bourdonnent, tandis que les terrasses perdent peu à peu leurs clients. Et moi, je retrouve l'ordinateur, avec lequel j'entretiendrais une relation à distance si l'été pouvait se prolonger... À quelque chose malheur est bon, disait ma grand-mère : j'écrirai plus souvent.

mercredi, août 02, 2006

Être ou ne pas être sonorisé...

En tournée sur la Côte Nord québécoise, mes réflexions quant à la musique sur le vif sont nourries par l'expérience directe des circonstances qui entourent la performance musicale. Je dis souvent qu'il faut plus d'effort pour jouer des cirsconstances que pour maîtriser un instrument. Dans ce contexte, quelque mots pour souligner le travail d'un technicien de son passionné qui nous a mijoté dimanche soir à Sept-Îles la meilleure sono que nous ayons eue depuis longtemps. La taille de la salle, un ancien poste de traite en bois converti en salle de spectacle, justifie à peine l'amplification, mais la liberté que donne aux musiciens la qualité de la diffusion bien calibrée vaut de l'or. Dimanche, le résultat était clair. Les spectateurs, émus et chaleureux, participaient avec enthousiasme, tapant des mains et reprenant les refrains. Ils ne voulaient pas que nous arrêtions de jouer et ont obtenu trois rappels. Bref, une soirée magique. À Baie Comeau samedi, le spectacle avait lieu dans une petite église anglicane qui sert aussi de salle de spectacle. Le pasteur fait simplement savoir qu'il ne faut pas déposer les instruments sur l'autel... La sonorisation est bonne, mais manque d'un supplément d'âme que l'église offre pourtant d'emblée (c'est sa raison d'être après tout) avant qu'on y amplifie les sons. Les gens appréciaient le spectacle, mais une certaine distance semblait nous séparer d'eux. Peut-être que sans sonorisation, nous aurions été mieux entendus...

lundi, juillet 24, 2006

Théatre de Verdure, au parc Lafontaine

Un grand merci à l'équipe du Théâtre de Verdure du parc Lafontaine qui a accueilli Joanne Griffith et ses musicien-ne-s (Joanne livre ses impressions sur son blog, Un monde YôYê, accessible à partir de joannegriffith.com). Comme je fais partie des musiciens, j'étais sur scène. Je ne peux pas savoir exactement comment les spectateurs ont perçu le spectacle, mais j'ai senti leur écoute attentive, puis je les ai entendus taper des mains et chanter avec nous. C'est du plaisir partagé. Précisons qu'aucune note n'a été émise sans la participation du groupe ou des spectateurs. La musique sur le vif, c'est un échange en temps réel, au risque de déraper hors de l'accord, de la rythmique, ou de la bonne sono. Bien sûr, on aimerait que tout soit parfait, d'où la tentation de s'appuyer sur des éléments stables, voire immuables, comme des séquences enregistrées. Pourtant, en risquant moins, il me semble que l'on diminue aussi la récompense, le plaisir de vibrer ensemble. Imagine-t-on des musiciens de tradition classique faire passer leur métronome de la répétition au concert?

samedi, juillet 22, 2006

La fenêtre ovale

La fenêtre ovale est l'ouverture par laquelle les sons passent de l'oreille externe à l'oreille interne. Ce blog a pour but de commenter l'actualité ou la vie en général telles qu'on les entend, par contraste avec ce qui saute aux yeux. Comme notre époque, formidable au sens premier du mot, a de quoi nous assourdir en plus de nous aveugler de flashes publicitaires, je tenterai de m'exprimer sereinement, pour mieux vous convier à me répondre. D'emblée, je parlerai musique, parce qu'elle est répandue partout et occupe une large bande passante dans nos fenêtres ovales à tous. Mais avant tout, il faut distinguer la musique qui est jouée sur le vif et celle que l'on a enregistrée. Traditionnellement, avant que l'enregistrement n'existe, la musique se passait de cette distinction. Mais depuis qu'elle peut être captée, la musique mène une double-vie, pleine d'ambiguïté... Au début, c'était amusant, fascinant : le chien dresse l'oreille, entendant la voix de son maître dans le pavillon du gramophone. Aujourd'hui, c'est moins drôle. Une vedette pop peut se présenter sur scène sans musiciens, faire semblant de chanter sur des séquences pré-enregistrées et être applaudie à tout rompre par son public en délire. S'agit-il encore de musique? Oui, si l'on s'en tient à l'impression du public. Non, à strictement parler, puisque personne n'a assumé la tâche, ni pris le risque, de faire vibrer l'air directement. Je m'en tiens à ces quelques remarques pour l'instant, de façon à ne pas monologuer trop longtemps... À bientôt.