mardi, mars 27, 2007

Ça y est : le Québec a un gouvernement libéral minoritaire

« Libérez-nous des Libéraux... » chantait le groupe Loco Locass. Hélas! On devra reprendre ce refrain de plus belle au cours des prochaines années, parce que sans le faire vraiment exprès, on a maintenant un gouvernement libéral minoritaire. Le dépouillement du vote a montré que même en votant majoritairement pour d'autres partis, les Québécois ont redonné le pouvoir à ceux qu'ils voulaient punir... Cette fois, la démonstration est claire : notre système électoral à un tour est dépassé. Avec une marge de moins de 90 000 votes (1 313 799 vs 1 223 482), les Libéraux détiennent 48 sièges et peuvent continuer d'orienter l'État selon leur penchant mercantile. Avec une marge comparable, l'ADQ en obtient 41, devance le PQ et devient l'Opposition officielle. La présence cumulée de ces deux partis à l'Assemblée nationale peut toutefois faire tomber le régime libéral à tout moment. Il faut aussi noter qu'à lui seul le vote du PQ, augmenté de celui du Parti Vert et de Québec Solidaire, qui ont ensemble près de 300 000 voix, dépasse le scrutin libéral. Quant à la portion indifférente de l'électorat, elle s'élève à 30 %, ce qui hausse encore la part de la population à ne pas avoir voté pour le gouvernement en place. J'ai fait le calcul, sur 5 630 567 électeurs inscrits, 4 316 768 n'ont pas voté Libéral, ou n'ont pas voté du tout... Ce n'est pas la première fois que les vainqueurs ne représentent pas directement la vaste majorité des électeurs. On sait bien qu'un système comme le nôtre est un moindre mal comparé à des régimes autoritaires, et que la démocratie est ce qu'il y a de moins pire et non de meilleur... Mais cette fois, le système affiche son absurdité : la plupart des électeurs sont représentés par les partis d'opposition. Certains diront qu'il s'agit du propre des gouvernements minoritaires. Pas nécessairement. Cela relève du plus ou moins propre... Notre système permet des distorsions fortes dans un sens ou dans l'autre, mais nous a davantage habitués à déplorer une sous-représentation que l'inverse, par rapport au pourcentage des voix. Les « petits partis » en savent quelque chose, puisque leur 8 % du vote n'est pas du tout représenté à l'Assemblée. Or, les résultats actuels constituent presque une sorte de proportionnelle improvisée : PLQ, 38 % des sièges avec 33 % du vote, ADQ, 32 % avec 30 %, et PQ, 28 % avec 28 %. La somme des suffrages reçus par chacun des partis leur donne un nombre de députés presque équivalent, avec un léger avantage pour le Parti libéral, qui souffre souvent d'une sous-représentation liée à la forte concentration du vote anglophone dans les comtés du West-Island montréalais. Certains analystes voient dans ces résultats une expression de la sagesse populaire, laquelle confie la gouverne à un chef aguerri tout en le soumettant à une forte opposition. Malheureusement, il n'y a pas de sagesse là-dedans, mais plutôt l'issue rocambolesque de la gestion de la carte électorale qu'opèrent organisateurs et démagogues au gré des sondages. D'ailleurs, est-ce vraiment sage de se « patenter » une représentation proportionnelle sans vraiment l'organiser? Ce gouvernement minoritaire illustre l'ampleur du malentendu national. Notre appartenance à la fédération canadienne n'est plus LA question qui nous divise. Nous devons étudier collectivement de multiples enjeux, à commencer par notre survie comme espèce en plein chambardement climatique accéléré. Le choix de nos dirigeants ne peut plus se faire selon des rites empruntés à l'époque coloniale qui favorisent presque toujours ceux qui en tirent le plus de profits. Le Québec doit adopter un système de représentation démocratique adéquat et confier au gouvernement qui en résulterait le mandat de redéfinir son statut par rapport au régime fédéral, qui lui-même doit faire l'objet d'une rénovation analogue.