jeudi, août 23, 2007
Le Secret... Faut-il en parler?
Une discussion diffusée le 22 août à Radio-Canada dénonçait la perversion du best-seller de Rhonda Byrne, Le Secret. La cinéaste Micheline Lanctôt et le romancier Jean Barbe ont bien résumé la vacuité prétentieuse de cet ouvrage (www.radio-canada.ca/radio/emissions/listedocument.asp?numero=1829&date=20070822). Ce livre récupère au profit de son auteur le nombrilisme de notre époque, puisqu'à toute fin pratique le fameux secret consiste à souhaiter vraiment quelque chose pour que ça se réalise. Pour ma part, ce qui m'intéresse dans l'évident 'repackaging' qu'est Le Secret, c'est l'évocation d'une sagesse ancienne, d'un savoir qui aurait été gardé à l'abri du commun des mortels pendant des siècles, mais dont les initiés auraient largement profité. Il y a dans cette proposition un attrape-nigaud plus gros qu'une maison, et plus malfaisant que le seul gaspillage du prix du livre et du temps dédié à sa lecture.
C'est que, comme l'a illustré le cas du Da Vinci Code, les gens sont portés à consommer le remâchage publicisé de supposés 'secrets', alors que les faits démontrent clairement que même les prétendus initiés n'ont jamais fait de miracles, que la magie n'existe pas, et que le seul prodige en tous cas réside dans le peu de temps qu'il faut pour qu'un gogo se départisse de son argent si l'accès à un secret lui est promis.
La plupart des religions organisées ont fonctionné de la sorte, et ont gagné des adeptes tant que l'initiation promise correspondait aux besoins de la société qu'elles servaient, surtout quand la récompense n'est livrée que dans l'au-delà.
Or, quelle dimension de la société contemporaine Le Secret soutient-il? Quelle nouvelle religion?
Celle du profit personnel, du chacun-pour-soi. Cette fois, et pour cette foi très ancrée dans les biens matériels, les bénéfices sont palpables. Ils ne se limitent pas à la prospérité d'ailleurs, mais la prolonge dans tous les aspects de l'expérience humaine, y compris l'amour et la santé. Autrement dit, « souhaitez-vous riche et tout le reste suivra. » Quel immense poids pour la volonté individuelle! Vous ne le saviez pas, mais tout ce qui vous arrive est de votre faute, vous créez le monde tel que vous le voulez, sans le savoir. Heureusement pour vous, ce Secret vous est maintenant livré, pour une somme modique... C'est vraiment le retour en force des marchands du Temple, comme si Jésus, le jour de sa sainte colère, avait chassé un naturel qui n'a cessé depuis de revenir au galop, jusqu'à envahir tous les temples, y compris le corps de chacun, et se substituer à la conscience elle-même. L'association de Jésus entre les deux temples (« je le reconstruirai en trois jours »), suivie de la stricte opposition esprit-matière que l'Église a imposée, est l'un des piliers (c'est le mot) de la symbolique chrétienne. Devant l'impénétrable voile de la mort, cela laisse une place très vaste à l'interpétation. Les uns en ont déduit altruisme et dévouement, les autres exploitation éhontée de leur prochain.
La conscience est pourtant innocente du nouveau péché originel attribué par Rhonda Byrne à tout un chacun. Elle reste le seul « miracle » incontestable de notre existence, ce qui fait du bébé humain une source de promesses réalisables. Cette nouvelle conscience doit être nourrie par son entourage, sans quoi elle s'éteindra. Le monde qu'elle contribuera à maintenir ou à changer variera selon l'honnêteté et la pluralité des influences reçues.
Voilà pourquoi Le Secret est un abus de confiance scandaleux. Ce n'est pas la conscience de chacun qui crée le monde visible, mais la perception. Et ça, c'est un autre secret...
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