samedi, septembre 01, 2007
Une rentrée précipitée
L'été achève. L'air retentit encore une fois des échos de la rentrée... La circulation automobile reprend l'intensité qu'elle avait tempérée pendant quelques semaines. La ville gonfle sa rumeur, comme la mer à marée haute. Les gens s'attroupent aux portes des commerces, des bureaux, des écoles. Il fait très beau, comme toujours quand des millions d'écoliers doivent retourner entre quatre murs.
Cette rentrée me semble encore plus précipitée que celle de l'an dernier. On croirait que dès la mi-août, comme dirait un chat, il faut reprendre le collier. Le problème de beaucoup de monde reste pourtant de ne jamais trouver le temps de le laisser. Dès le mois de juin, un tourbillon d'activités s'ajoute aux tâches quoitidiennes et se déploie dans la tempête estivale des festivals. Après cette saison de grand vent, au cours des jours déjà plus courts, il faut recommencer le cycle.
C'est ici que le chien regrette de ne pas être un loup. Nous vivons vraiment une accélération de l'Histoire qui finira par nous faire courir après notre queue. Le chambardement climatique ne suffit pas, chaque jour, on s'agite plus tôt et on se couche plus tard, comme pour prendre de l'avance sur la saison. L'année scolaire commence avant la Fête du travail et on annonce déjà l'Halloween. Cette fête devrait remplacer Noël, tant qu'à y être, puisqu'elle rassemble devant les fantômes, les sorcières et la mort les humains de tous les horizons. Si Noël était chose faite dès la Toussaint, on commencerait l'année deux mois plus tôt. Une année de dix mois, voilà ce qu'il nous faut!
jeudi, août 23, 2007
Le Secret... Faut-il en parler?
Une discussion diffusée le 22 août à Radio-Canada dénonçait la perversion du best-seller de Rhonda Byrne, Le Secret. La cinéaste Micheline Lanctôt et le romancier Jean Barbe ont bien résumé la vacuité prétentieuse de cet ouvrage (www.radio-canada.ca/radio/emissions/listedocument.asp?numero=1829&date=20070822). Ce livre récupère au profit de son auteur le nombrilisme de notre époque, puisqu'à toute fin pratique le fameux secret consiste à souhaiter vraiment quelque chose pour que ça se réalise. Pour ma part, ce qui m'intéresse dans l'évident 'repackaging' qu'est Le Secret, c'est l'évocation d'une sagesse ancienne, d'un savoir qui aurait été gardé à l'abri du commun des mortels pendant des siècles, mais dont les initiés auraient largement profité. Il y a dans cette proposition un attrape-nigaud plus gros qu'une maison, et plus malfaisant que le seul gaspillage du prix du livre et du temps dédié à sa lecture.
C'est que, comme l'a illustré le cas du Da Vinci Code, les gens sont portés à consommer le remâchage publicisé de supposés 'secrets', alors que les faits démontrent clairement que même les prétendus initiés n'ont jamais fait de miracles, que la magie n'existe pas, et que le seul prodige en tous cas réside dans le peu de temps qu'il faut pour qu'un gogo se départisse de son argent si l'accès à un secret lui est promis.
La plupart des religions organisées ont fonctionné de la sorte, et ont gagné des adeptes tant que l'initiation promise correspondait aux besoins de la société qu'elles servaient, surtout quand la récompense n'est livrée que dans l'au-delà.
Or, quelle dimension de la société contemporaine Le Secret soutient-il? Quelle nouvelle religion?
Celle du profit personnel, du chacun-pour-soi. Cette fois, et pour cette foi très ancrée dans les biens matériels, les bénéfices sont palpables. Ils ne se limitent pas à la prospérité d'ailleurs, mais la prolonge dans tous les aspects de l'expérience humaine, y compris l'amour et la santé. Autrement dit, « souhaitez-vous riche et tout le reste suivra. » Quel immense poids pour la volonté individuelle! Vous ne le saviez pas, mais tout ce qui vous arrive est de votre faute, vous créez le monde tel que vous le voulez, sans le savoir. Heureusement pour vous, ce Secret vous est maintenant livré, pour une somme modique... C'est vraiment le retour en force des marchands du Temple, comme si Jésus, le jour de sa sainte colère, avait chassé un naturel qui n'a cessé depuis de revenir au galop, jusqu'à envahir tous les temples, y compris le corps de chacun, et se substituer à la conscience elle-même. L'association de Jésus entre les deux temples (« je le reconstruirai en trois jours »), suivie de la stricte opposition esprit-matière que l'Église a imposée, est l'un des piliers (c'est le mot) de la symbolique chrétienne. Devant l'impénétrable voile de la mort, cela laisse une place très vaste à l'interpétation. Les uns en ont déduit altruisme et dévouement, les autres exploitation éhontée de leur prochain.
La conscience est pourtant innocente du nouveau péché originel attribué par Rhonda Byrne à tout un chacun. Elle reste le seul « miracle » incontestable de notre existence, ce qui fait du bébé humain une source de promesses réalisables. Cette nouvelle conscience doit être nourrie par son entourage, sans quoi elle s'éteindra. Le monde qu'elle contribuera à maintenir ou à changer variera selon l'honnêteté et la pluralité des influences reçues.
Voilà pourquoi Le Secret est un abus de confiance scandaleux. Ce n'est pas la conscience de chacun qui crée le monde visible, mais la perception. Et ça, c'est un autre secret...
vendredi, juillet 27, 2007
Courtoisie sonore
C’est l’été, il fait beau, j’écris souvent à l’extérieur, dans la cour ombragée de notre maison. Comme il n’y a pas de ruelle, aucun véhicule ne vient ronronner de ce côté. Les travaux de rénovation d’une maison voisine troublent cependant ces jours-ci la quiétude estivale. Le vrombissement aigu d’une scie à tailler les tuiles, installée sur un balcon arrière, nous torture le tympan. Je viens pourtant d’entendre un dialogue consolateur.
Un voisin qui s’apprêtait à manger en famille dans sa cour a fermement mais poliment demandé à l’ouvrier qui maniait la scie d’arrêter au moins 20 minutes, le temps du repas. Celui-ci a répondu aussi poliment qu’il était d’accord et suspendrait ses activités dans quelques minutes, ce qu’il a fait après deux ou trois sciages additionnels. Cet échange tout simple se déroulait en français entre personnes d’origines différentes mais partageant à l’évidence une même civilité. Le silence qui en résulte n’en est que plus délicieux.
samedi, juillet 07, 2007
Festival, festival, festival...
L'été à Montréal n'est qu'une suite endiablée de festivals qui ne laisse à personne le temps de reprendre son souffle ou la volonté ferme de quitter la ville. Il y a trop d'événements présentés simultanément pour prétendre échapper à l'avalanche, mais c'est l'excès lui-même qui crée cette impression d'abondance estivale, d'exhubérance culturelle comparable à l'explosion de couleurs et de saveurs que la nature produit. Je me limiterai donc à commenter brièvement quelques bribes du principal festival de la ville, le Festival International de Jazz de Montréal.
Cette année, la programmation du FIJM offre un équilibre alléchant entre les coûteux spectacles en salle et les spectacles extérieurs gratuits. Dès l'ouverture, de cruels dilemmes s'imposaient aux festivaliers, sauf s'il s'agissait de se balader sur le site en pigeant ici et là de quoi se rincer l'oreille. Jusqu'à 18 heures, pas trop de surprises par rapport aux années précédentes, puisque le jazz d'ascendance louisiannaise domine la grille. À partir de 18 h, c'est l'éclectisme total.
Renonçant d'emblée au hasard, j'ai choisi le concert extérieur du groupe Ragleela, dirigé par le sitariste Uwe Neuman. Uwe et ses musiciens ont livré une performance impeccable, digne des meilleures prestations auxquelles j'ai assisté en salle au fil des ans. Jean-Marc Hébert, à la guitare, soutient les mélodies du sitar et offre dans certaines pièces de solides improvisations jazzées. La violoniste Marie-Soleil Bélanger dialogue lyriquement mais sobrement avec les autres musiciens. Les percussionistes Shankar Das, aux tablas, et Éric Breton, au cajon et à la caisse claire, ponctuent subtilement la trame de chaque pièce. Uwe sourit en faisant voler ses doigts sur les cordes du sitar, visiblement content des résultats de cette « chimie » musicale où jazz et blues se fondent au creuset de la musique classique indienne. Pour une pièce, il troque son instrument contre un petit kalimba, dont il joue aussi en virtuose, entraînant ses complices dans une époustouflante polyrythmie que la foule applaudira très fort. On peut entendre des extraits du CD du groupe, Jai Ma, sur le site www.ragleela.com.
Le lendemain, l'ensemble de guitare Forestare (www.forestare.com) jouait sur la même scène, devant un public peut-être moins averti que celui de Ragleela mais presque aussi attentif. Notons en passant que certains festivaliers ignorent le rôle précieux qu'ils ont à jouer lors des concerts gratuits, celui qui consiste à écouter les musiciens et à exprimer ce que la musique leur inspire. Ceux qui se faufilent au premier rang pour discuter à haute voix de leur dernière beuverie décrochent le prix Citron, juste devant les enthousiastes du tétéphone cellulaire qui s'égosillent pour décrire à leur interlocuteur le show qu'ils sont en train de ne pas écouter... Je n'ai pu assister à tout le récital de Forestare, mais les pièces que j'ai écoutées étaient magnifiques, répartissant de façon inventive rythme et harmonie entre douze guitaristes et un contrebassiste discret, notamment la Petite musique pour nuit d'été, de l'excellent compositeur Denys Gougeon. Quittant Forestare à regret, je l'avoue, je me suis déplacé vers la scène Blues où le spectacle de mon ami Vincent Beaulne et de son groupe Blues Delight venait de commencer. Formé de vétérans au « mojo » aguerri, Blues Delight lance son caillou original (Rock Island Line) dans le grand fleuve bleu dont la source, à l'envers de la logique géographique, part du delta louisiannais. Une foule immense et intéressée s'étale sur le site, dommage que le manque d'éclairage, en ce début de soirée nuageux, donne à la scène un aspect plutôt terne qui sollicite peu le regard. Habile guitariste, Vincent compense à la Telecaster ou au Dobro par l'éclat de son jeu, qui va bien au-delà des clichés du genre. Il est fermement secondé par Laurent Trudel à l'harmonica et à la guitare, Dave Turner au saxophone, Guy Richer à la contrebasse et Gilles Schetagne à la batterie. La foule ne s'y trompe pas et réserve à Blues Deligth un bel accueil.
Sur la même scène, le 2 juillet, Kim Richardson livrait son premier spectacle solo en plein air. Cette routière du blues, choriste d'à peu près tout ce que Montréal compte de pros de la note bleue, avec des centaines de participations à des émissions musicales, prenait enfin la barre de son propre show. Avec une aisance issue d'années de métier et un accent québécois, elle livre des pièces écrites pour elle comme si elles avaient roulé sur les routes du Sud ou des standards comme s'ils venaient d'être pondus. Ses musiciens d'expérience l'appuient solidement, et à la fin, un groupe d'amies chanteuses se joint à elle pour entonner un Sisters Are Doing It For Themselves percutant.
J'ajouterai bientôt d'autres commentaires sur le FIJM.
mardi, juillet 03, 2007
Le Serbe de Bruxelles
Un Serbe à la carrure de bûcheron tient avec sa femme dans le vieux quartier de Bruxelles un restaurant de style russe. Ce géant serbe n'aime pas être confondu avec un Russe, même s'il hésite un instant à préciser ses origines. S'il sent une oreille attentive à ses propos, il disserte volontiers sur la politique européenne et la conjoncture belge, avec les mêmes préjugés, et les mêmes « R » roulés, que s'il était le dernier défenseur d'une ligue de dentellières mises en péril par le prêt-à-porter.
« Brruxelles rreçoit trop d'étrrangers » lance-t-il, « surrtout des gens qui n'ont rrien d'autrre à fairre que des bébés. C'est qu'ils ne veulent pas êtrre belges, ils vivent tel qu'ils le faisaient dans leurr pays et ne veulent pas trravailler. » La télévision allumée diffuse alors une séquence du discours victorieux de Nicolas Sarkosy, nouveau président français. « Heurreusement, avec Sarrkozy, ça va changer » poursuit le Serbe. Je précise doucement (il est énorrme...) que la Belgique ne fait pas partie de la France, mais il balaie ce détail d'une main « large comme une roue de brouette », telle celle de Bill Ballantyne dans les Bob Morane d'Henry Vernes. « Ça fait rrien, c'est bon pour l'Eurrope, Sarrkozy, parr son influence. » Et il enchaîne sur tous les problèmes sociaux que l'Europe connaît depuis l'ouverture des frontières entre les membres de la Communauté. (Pour faire contrepoids, je vous recommande une analyse fine du discours sarkosien, un vidéo où Gérard Miller, philosophe et psychanalyste, révèle la perversité des propos : http://www.dailymotion.com/video/x1vfyt_gerard-miller-analyse-sarkozy)
Une promenade dans Bruxelles confirme la présence de nombreux immigrés, et plusieurs d'entre eux reprendraient sans doute les propos de ce Serbe (en moins acerbes, peut-être), si l'on voulait leur avis quant à l'immigration. C'est qu'ils travaillent, construisent, entretiennent ou restaurent des immeubles, tiennent boutique ou restaurant, ont pignon sur rue, tâchent d'apprendre les deux langues officielles et ne voudraient pas être associés avec des fainéants qui renforcent les préjugés à leur endroit. Voilà le paradoxe de l'immigration : ceux qui sont arrivés quelque part ne tiennent pas à ce que d'autres les rejoignent, à part les membres de leur famille, bien sûr. Le pays d'accueil ouvre donc ses portes à un certain nombre de xénophobes qui lui reprocheront, non pas de les avoir reçus eux, mais de faire de même pour d'autres. On constate d'ailleurs ce phénomène chez les riverains d'un lac, qui déplorent que d'autres veuillent faire comme eux.
Les Belges de naissance, de leur côté, se sentent de plus en plus à l'étroit sur un territoire que beaucoup de monde a voulu leur confisquer au fil des siècles (et de l'épée), et qu'ils doivent déjà se partager entre Flamands et Wallons, acrobatie diplomatique qui relève de la quadrature d'un cercle encore plus vicieux que le fédéralisme canadien. En même temps, ils savent ce qui les attend, puisque le roi Léopold était personnellement propriétaire du Congo avant d'en faire don à son pays, et que tout pays colonisateur, comme dans le théorême d'Archimède, reçoit une poussée d'immigration directement proportionnelle à la conquête qu'il a exercée.
Je remercie Mme Agnès Robert, rencontrée à Bruxelles, de m'avoir signalé où trouver le vidéo de Gérard Miller. Voici le lien vers son site : http://agnesrobert.mabulle.org/index.php/Accueil
mardi, mai 29, 2007
De belges histoires...
Je pars ce soir pour Bruxelles et aurai sous peu ma propre source d'histoires belges... La Belgique possède une longue histoire d'alternance colons/colonisés riche d'enseignements en tout genre, certains d'une grande tristesse, d'autres d'un humour bon enfant.
À la fois royalistes et démocrates (l'hymne national célèbre « le roi, la loi, la liberté »), les Belges sont divisés en deux communautés linguistiques, Flamands et Wallons, qui se sont tour à tour dominées l'une l'autre. C'est un peu comme si le Québec avait eu les commandes de l'ensemble du Canada pendant quelques décennies, pour les perdre ensuite, avant de les retrouver, etc...
On entend peu parler de la politique belge ici, le projecteur éclairant davantage l'évolution du projet européen, dont le parlement siège à Bruxelles. La ville elle-même reflète son riche passé et certains choix futuristes qui en ont sacrifié des quartiers entiers. Elle semble le seul territoire belge vraiment biculturel et cosmopolite, un peu comme Montréal monopolise le pluriculturalisme québécois.
La raison précise de mon séjour est un colloque organisé par la ligue Braille de Belgique sur la perception du contenu des arts visuels par les non-voyants, sujet qui passionne Mme Nicole Trudeau, avec qui j'ai travaillé trois ans sur la problématique du contenu pédagogique visuel des manuels scolaires pour les élèves non-voyants. Nous avons hâte d'entendre les communications des chercheurs invités, et n'avons pas cette fois-ci de conférence à livrer nous-mêmes.
Par ailleurs, je suis curieux de prendre le pouls de la vie cuturelle, notamment à cause du festival Couleur Café, qui rassemble chaque été des artistes de musique du monde. Ce serait bien d'y participer en 2008...
jeudi, mai 17, 2007
Mme Marois et l'intelligence collective
Après l'espèce de coup d'état médiatique qui a démis André Boisclair de ses fonctions de chef du PQ, une vague d'enthousiasme a déferlé à propos du retour de Mme Pauline Marois.
Quoique je me réjouisse moi aussi de ce retour espéré (après tout, ma fille Cori avait eu beaucoup de succès en passant l'Halloween déguisée en Pauline Marois alors que celle-ci venait de quitter la politique...), une mise en garde s'impose si nous voulons éviter les erreurs du passé.
Le retour de Mme Marois doit être le début d'une prise de conscience à compléter le plus vite possible : l'intelligence est collective.
En effet, pour toute société évoluée, les enjeux actuels sont planétaires. Ils supposent qu'on cesse de compter sur la seule pensée de nos dirigeants, si brillants soient-ils. Il faut réfléchir ensemble, et changer notre mode de gestion politique. Le recours à la proportionnelle et à un "Conseil des sages scientifiques", par exemple, serait un bon début. Les débats inutiles seraient évités et des données vérifiées informeraient les citoyens qui participeraient à l'analyse des enjeux soit sur le site du gouvernement, soit par l'entremise de leur député. L'essentiel est de rompre avec le mode binaire 'parti au pouvoir'-opposition officielle, qui consacre la permission du vainqueur de se fourvoyer pendant au moins quatre ans.
Les usages passés ne préparent plus l'avenir. Le choix à la tête du PQ de M. Boisclair, fils symbolique des pionniers souverainistes, relevait, sous des dehors de renouveau, d'un réflexe dépassé qui consiste à attendre d'un "sauveur" des solutions simples à des problèmes complexes. On a fait le coup à Lucien Bouchard, qui symbolise le bon "père de famille". Si l'on reprend cette approche avec "maman" Marois, elle sera rapidement écrasée par l'ampleur de la tâche. On lui reprochera de ne pas être "rassembleuse", d'être trop ceci, pas assez cela...
En fait, nous devons intégrer le concept d'intelligence collective et le mettre en pratique, allié à l'expérience et à la sagesse d'une femme dont la carrière politique démontre les multiples compétences dans ce sens. Si, comme peuple, nous n'assumons pas nos responsabilités et demandons à Mme Marois, non seulement de sortir son parti de son statut de seconde opposition, mais aussi de résoudre la quadrature du cercle constitutionnelle, nous seront croqués par Harper et le Canada anglais.
Si nous pensons ensemble aux enjeux essentiels, à l'écologie et à la justice distributive, nous préciserons quel pays nous voulons et choisirons les moyens de le bâtir, ce que le Canada devra tôt ou tard reconnaître, puisqu'il doit cesser lui aussi d'être une succursale américaine pour survivre au 21ième siècle et à une inévitable crise de l'eau 'made in USA'.
jeudi, mai 10, 2007
Rumeurs et prévisions : les médias font l'Histoire
La démission d'André Boisclair, chef du Parti québécois, a suivi des rumeurs annonçant l'éventuelle venue de Gilles Duceppe à son poste. Voici un exemple désolant de l'influence du « qu'en dira-t-on » médiatique sur la vie réelle... Cela soulève plusieurs questions.
Quel étrange concours de circonstances a poussé M. Boisclair à dénoncer d'abord une intention que le principal intéressé n'avait pas encore exprimée officiellement, puis à se retirer lui-même, comme si la réalité avait tout de suite obéi à la fiction?
Comment cet imbroglio a-t-il été propulsé par les médias avant même qu'il n'aboutisse, comme si les médias eux-mêmes avaient maintenant le droit de fabriquer du réel?
Quel psychodrame collectif vivons-nous, dans ce jeu de massacre qu'est devenu le trajet des chefs du PQ depuis la disparition de René Lévesque, comme pour expier le sort que nous lui avons fait subir en nous disant NON à nous-mêmes (et à lui aussi, forcément) en 1980?
S'il suffit maintenant que les médias énoncent une possibilité pour qu'elle se réalise, comme cela s'est produit à Tout le monde en parle dans le cas du Doc Mailloux (tant mieux!) et de Guy Fournier (dommage!), pourquoi ne pas leur faire annoncer la démission de Bush et l'avénement de la paix mondiale?
L'indépendance du Québec comme exemple à suivre pour un Canada renouvellé serait pas mal non plus comme prophétie...
mardi, mai 01, 2007
Le violoncelle en deuil
Mstislav Rostropovitch est mort à Moscou, vendredi, un mois après avoir fêté son 80ième anniversaire. Les mélomanes du monde entier pleurent un grand musicien, mais tous ceux qui défendent la liberté d'expression retiendront son geste symbolique de novembre 1989 au pied du mur de Berlin enfin renversé. Voici ce qu'il avait confié à ce sujet au journaliste français Éric Dahan en 2005 : « J'ai joué des Suites de Bach, les plus joyeuses pour célébrer l'événement. Mais je ne pouvais oublier tous ceux qui avaient laissé leur vie en essayant de franchir ce mur. J'ai donc joué la sarabande de la deuxième Suite à leur mémoire, et j'ai remarqué un jeune homme qui pleurait. » Slava, comme l'appelaient ses amis, faisaient partie de ces êtres rares dont on peut instantanément ressentir l'humanité profonde, comme Ghandi ou Mandela.
Je ne l'ai entendu jouer qu'une fois, à la salle Wilfrid-Pelletier, il y a de nombreuses années. Étudiant, j'avais acheté un billet de dernière minute perché tout en haut du troisième balcon. Le célèbre violoncelliste, qui ne manquait pas de grandeur, me semblait tout de même un peu amenuisé par les dimensions de la salle, dont la rumeur enrhumée masquait les nuances de l'instrument. Avisant les nombreuses places disponibles dans la première rangée du parterre, je m'y suis précipité entre deux pièces pour me nicher dans un siège au pied du musicien. C'est ainsi que j'ai écouté le reste du concert, avec l'impression que Rostropovitch m'emportait sur un tapis volant de velours vers des îles sonores dont on ne revient pas.
Je ne sais plus ce qu'il a joué. Du Bach, sûrement... encore maintenant il m'arrive d'avoir les larmes aux yeux rien d'y penser. Je souris aussi, en revoyant le musicien concentré sur la beauté de la musique bondir de sa chaise dès la dernière note, comme un diablotin à ressort, enthousiasmé comme nous par la magie ambiante. J'avais l'impression de recevoir un bouquet d'étoiles, apprivoisées par son archet, venues briller dans la nuit secrète du cœur.
Merci, Slava, pour ces éclats d'éternité.
Pour une brève biographie de Rostropovitch, lire dans Libération :
http://www.liberation.fr/culture/250563.FR.php
jeudi, avril 26, 2007
Le printemps, de nos jours
La semaine dernière, à la radio, alors que la neige tombait sur Montréal, un auditeur disait que cette année les mois lunaires étaient décalés de deux semaines par rapport au début des mois normaux. « Dans quelques jours, la lune d'avril sera là, disait-il, et le temps s'adoucira ». Le thermomètre lui a donné raison, en effet, avec une température record lundi, un estival 26 degrés. L'influence de la lune sur l'humeur climatique est une bonne « question de recherche », j'y reviendrai, sans prétention scientifique cependant.
Mais peu importe ce que l'on en dit, le temps qu'il fait devrait nous parler davantage. Oh, parler de la pluie et du beau temps est l'une des activités les plus spontanées un peu partout sur la planète, mais écouter ce que la météo essaie de nous dire est plus rare. Pourtant, notre planète nous parle, eh oui... Le vent nous dit « bientôt viendront des fleurs nouvelles, j'en porte les semences légères ». La pluie murmure « calmez-vous, laissez-moi faire, la terre vous nourrira ». Même la neige a sa musique, souvent très discrète, qui incite à la patience : il faut savoir se reposer, pour repartir plein d'énergie.
Maintenant le printemps nous dit « allez de l'avant! ». Mais s'il ressemble à l'été, c'est qu'il essaie aussi de freiner nos élans : « il fait déjà si chaud, modérez vos transports, surtout motorisés, ne vous échauffez pas pour rien ». Les écarts brusques de température contredisent les saisons habituelles. Tout n'est pas l'effet du réchauffement climatique, mais on se rend bien compte de la vitesse accrue du coup de soleil d'aujourd'hui comparé à celui des années 60.
Le temps qu'il fait nous dit clairement d'être plus cool...
vendredi, avril 20, 2007
Encore...
Encore une fois… Un autre tueur fou, d’autres morts absurdes. D’autres réactions dévastées, d’autres deuils médiatisés ad nauseam. Les mêmes ingrédients, pourtant : un déséquilibré armé jusqu’aux dents se sent rejeté et trouve que les autres doivent être punis sévèrement.
Comme auparavant, lors des fusillades de Polytechnique, de Colombine ou de Dawson, le débat divise deux camps. Ceux qui mettent en cause la prolifération des armes, et ceux qui limitent la faute aux troubles psychologiques d’individus spécifiques. En fait, on ne peut nier le lien direct qui existe entre le nombre d’armes en circulation et celui des victimes par balles, et il faut admettre que notre époque individualiste à outrance produit plus de déments. L’un n’exclue pas l’autre, au contraire. Cependant, si une surveillance étroite tyrannise autant les citoyens que les crimes qu’elle tenterait de prévenir, restreindre la possession d’armes est acceptable, ne serait-ce qu’en tant qu’expression de solidarité.
Sans solidarité, on va vers le chaos. Justement, ce qui fait que l’horreur se répète, c’est qu’on encourage tout un chacun à assurer individuellement sa sécurité. Achetez ce gros 4X4, c’est du solide! Sous-entendu : dans une collision, ce n’est pas vous qui mourrez. On oublie de dire que vous ne trouveriez pas drôle d’écrabouiller votre voisin dans sa deux places… Dans le cas des armes, c’est pire. En milieu urbain, même si vous n’avez rien d’un fou furieux, la possession d’une arme vous donne prise sur la vie d’autrui. Le contrat social devrait exclure d’emblée ce genre d’abus de pouvoir des individus les uns sur les autres. Traditionnellement, l’usage des armes est réservé à la police et à l’armée, dans un cadre bien défini qui, normalement, interdit les abus. Aux États-Unis, seule une interprétation erronée de la Constitution autorise le glissement du port d’armes des « milices » vers l’ensemble des citoyens. Si l’industrie des armes et la NRA n’avaient pas tant d’influence, la lacune légale aurait déjà été comblée. Dans le contexte de la dictature du profit, on continue de marchander les armes au mépris du bien commun, de préférer le chacun pour soi rentable dans l’immédiat à la paix sociale et à l’investissement réfléchi.
Pour la société la plus riche du monde, le sang de citoyens innocents est-il le prix de la prospérité?
mardi, mars 27, 2007
Ça y est : le Québec a un gouvernement libéral minoritaire
« Libérez-nous des Libéraux... » chantait le groupe Loco Locass. Hélas! On devra reprendre ce refrain de plus belle au cours des prochaines années, parce que sans le faire vraiment exprès, on a maintenant un gouvernement libéral minoritaire.
Le dépouillement du vote a montré que même en votant majoritairement pour d'autres partis, les Québécois ont redonné le pouvoir à ceux qu'ils voulaient punir... Cette fois, la démonstration est claire : notre système électoral à un tour est dépassé. Avec une marge de moins de 90 000 votes (1 313 799 vs 1 223 482), les Libéraux détiennent 48 sièges et peuvent continuer d'orienter l'État selon leur penchant mercantile. Avec une marge comparable, l'ADQ en obtient 41, devance le PQ et devient l'Opposition officielle. La présence cumulée de ces deux partis à l'Assemblée nationale peut toutefois faire tomber le régime libéral à tout moment. Il faut aussi noter qu'à lui seul le vote du PQ, augmenté de celui du Parti Vert et de Québec Solidaire, qui ont ensemble près de 300 000 voix, dépasse le scrutin libéral. Quant à la portion indifférente de l'électorat, elle s'élève à 30 %, ce qui hausse encore la part de la population à ne pas avoir voté pour le gouvernement en place. J'ai fait le calcul, sur 5 630 567 électeurs inscrits, 4 316 768 n'ont pas voté Libéral, ou n'ont pas voté du tout...
Ce n'est pas la première fois que les vainqueurs ne représentent pas directement la vaste majorité des électeurs. On sait bien qu'un système comme le nôtre est un moindre mal comparé à des régimes autoritaires, et que la démocratie est ce qu'il y a de moins pire et non de meilleur... Mais cette fois, le système affiche son absurdité : la plupart des électeurs sont représentés par les partis d'opposition. Certains diront qu'il s'agit du propre des gouvernements minoritaires. Pas nécessairement. Cela relève du plus ou moins propre... Notre système permet des distorsions fortes dans un sens ou dans l'autre, mais nous a davantage habitués à déplorer une sous-représentation que l'inverse, par rapport au pourcentage des voix. Les « petits partis » en savent quelque chose, puisque leur 8 % du vote n'est pas du tout représenté à l'Assemblée. Or, les résultats actuels constituent presque une sorte de proportionnelle improvisée : PLQ, 38 % des sièges avec 33 % du vote, ADQ, 32 % avec 30 %, et PQ, 28 % avec 28 %.
La somme des suffrages reçus par chacun des partis leur donne un nombre de députés presque équivalent, avec un léger avantage pour le Parti libéral, qui souffre souvent d'une sous-représentation liée à la forte concentration du vote anglophone dans les comtés du West-Island montréalais.
Certains analystes voient dans ces résultats une expression de la sagesse populaire, laquelle confie la gouverne à un chef aguerri tout en le soumettant à une forte opposition. Malheureusement, il n'y a pas de sagesse là-dedans, mais plutôt l'issue rocambolesque de la gestion de la carte électorale qu'opèrent organisateurs et démagogues au gré des sondages.
D'ailleurs, est-ce vraiment sage de se « patenter » une représentation proportionnelle sans vraiment l'organiser?
Ce gouvernement minoritaire illustre l'ampleur du malentendu national. Notre appartenance à la fédération canadienne n'est plus LA question qui nous divise. Nous devons étudier collectivement de multiples enjeux, à commencer par notre survie comme espèce en plein chambardement climatique accéléré. Le choix de nos dirigeants ne peut plus se faire selon des rites empruntés à l'époque coloniale qui favorisent presque toujours ceux qui en tirent le plus de profits. Le Québec doit adopter un système de représentation démocratique adéquat et confier au gouvernement qui en résulterait le mandat de redéfinir son statut par rapport au régime fédéral, qui lui-même doit faire l'objet d'une rénovation analogue.
mardi, mars 20, 2007
Quelques pensées pour Simon
En ce dernier jour d'hiver, je pense à notre ami, Simon Boily.
Il y a deux mois, Simon était quelque part en Bolivie, pédalant sur son vélo de montagne… Il réalisait un rêve longtemps caressé, celui de parcourir de cette façon les routes des Andes, de rencontrer les gens, de découvrir des odeurs et saveurs nouvelles. On l’imagine facilement embrasser d’un regard pétillant l’immensité des paysages andins, à la mesure de sa joie de vivre habituelle. Il devait rentrer le 14 février, ayant fait part de sa hâte de partager avec parents et amis ses trésors de voyage, faits d’une foule d’émerveillements quotidiens, cueillis au hasard des routes et des rencontres. Malheureusement, on était sans nouvelles de lui depuis quelques semaines, ce qui faisait craindre le pire. Le 14, Simon n’était pas à bord du vol pour lequel il détenait un billet d’avion.
Le pire était arrivé, sans que personne ne l’ait su. Son corps a été trouvé au fond d’un ravin, en contrebas d’une route périlleuse des environs de La Paz, sur les indications d’un appel anonyme reçu par la police. Le fait que seuls passeport et billet d’avion aient été trouvés près du corps, mais pas le vélo ni le havresac, écarte l’hypothèse du simple accident. Celle d’une collision avec un véhicule lourd est possible, mais les résultats de l’autopsie qui a précédé l’incinération imposée par une longue exposition aux intempéries ne sont pas encore connus. Dans ces conditions, il faut renoncer à connaître des détails qui ne feraient qu’amplifier la cruauté du sort. Mieux vaut rendre hommage à la curiosité intellectuelle de Simon, ferment d’une vie empreinte d’une rare intensité.
Biologiste de formation et candidat à la médecine, brasseur artisanal à l’imagination fertile, percussionniste averti, Simon était animé d’un appétit solide pour tout ce que la vie peut offrir. Joanne, Iara, Cori et moi avions parcouru la Côte Nord avec lui, puisqu’il avait gentiment accepté de remplacer à pied levé son ami Pascal Bouchard aux percussions. Pour rendre compte des beaux moments que nous avons vécus avec Simon, je traduis ici le texte que Joanne a publié sur son blog, Un monde YôYê (www.joannegriffith.com).
« Simon a fait preuve d’une valeur incommensurable comme musicien, jouant des tambours et du didgeridoo, et comme être humain. Nous sommes devenus amis tout de suite. Il était comme un petit frère voyageant avec notre famille (…) Nous avons joué entre autres endroits à Baie Comeau et à Sept-Îles, découvrant avec lui une région magnifique. Il était un puits d’information et un excellent voyageur, même dans l’adversité d’une… ah non! panne d’automobile. Oh, les joies de la tournée! Au fil des nombreux kilomètres, en sirotant une riche infusion de maté argentin, il nous offrait des histoires de séjours en forêt pour divers projets scientifiques ou en quête de champignons rares (il était diplômé en biologie)… Il a même bravé les moustiques et mouches noires des marais pour nous faire goûter de précieuses baies de chicoutai dans la région de Sept-îles. Il était aussi très fier de nous faire connaître les produits des artisans au grand cœur de sa région natale du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Grâce à lui, nous avons découvert des fromages et d’autres produits locaux délicieux. Nous étions aussi aux premières loges pour savourer la bière de qualité qu’il brassait avec son frère Mathieu. Il nous a raconté les activités familiales qu’il affectionnait, comme la grande cueillette qui menait au super vin de framboises de son père. Nous avons partagé des moments mémorables avec sa famille lors de deux spectacles différents, notamment dans le cadre magique du Café de la Poste à Sainte-Rose-du-Nord, l’un des plus beaux villages du Québec, grâce à la chaleur et au rire de ses parents, sa tante, son oncle et sa cousine, au long d’une fraîche soirée saguenéenne. Simon Boily était un vrai citoyen du monde qui rêvait de voyager en Amérique du Sud pour s’imprégner de culture et échanger son amour de la musique, surtout de la flûte, avant de revenir étudier en médecine. Il possédait ce que je considère comme certaines des merveilleuses qualités d’un grand musicien : l’ouverture, la curiosité, l’enjouement, la générosité et un courage inspirant. C’est à cause de la connivence avec des esprits comme le sien que j’aime faire ce que je fais. Je m’en souviendrai toujours, et suis reconnaissante d’avoir croisé sa route, même brièvement. Simon, ton cœur s’est arrêté, mais ton tambour continue de me faire danser sur le chemin de la vie. »
Le 10 mars, nous avons participé à la touchante cérémonie qui réunissait dans une église d’Alma les très nombreux amis de Simon, venus entourer ses parents éplorés. Le groupe Mosaïque, dont il faisait partie, a témoigné en musique de la profondeur du lien musical qui les unissait. Joanne et moi avons offert Amazing Grace et Vole, petite aile, à la demande de la famille, ce qui nous a permis d’adoucir notre propre peine en même temps qu'un peu de celle des gens qui n’ont pas eu le bonheur de jouer de la musique avec Simon. Les amis de Simon étaient ensuite invités à lui rendre hommage de façon informelle, comme lui-même en avait par hasard exprimé le souhait, dans la chaleureuse maison de Pascal, qui a montré à tous un accueil touchant. J’ai accompagné Joanne pour dédier à la mémoire de Simon un Sensitive Kind très doux, et joint ma guitare à celle du père de Sylvie Jean, Pierre, dans une version bien sentie de Contigo en la distancia. Il ne manquait que Iara pour la chanter (elle aime beaucoup cette chanson de Cesar Portillo de la Luz, reprise par Caetano Veloso et popularisée plus récemment par Christina Aguilera), mais elle avait écrit un poème pour Simon, qui a été transmis à la famille. Le voici :
À tous ceux qui ont dû quitter cette Terre avant leur temps
À celui que nous pleurons sans savoir s’il nous entend
À toi qui seras toujours dans nos cœurs
Qui nous déchires de n’être plus que pensées
Mais à qui nous offrons nos douleurs
Dans la plus profonde sincérité
À toi qui rêvais de t’envoler ailleurs
Jusqu’aux sommets de toutes tes questions inusitées
Parmi les fauves et les fleurs
Certains te diraient fou, mais d’autres, déterminé!
Car c’est dans l’absence du doute que nous avons connu ta grande bonté
Si tu es ici, dis-toi que nous serons toujours là
Toujours là pour nous souvenir du bonheur que tu nous as apporté
Et de tous les trésors que tu nous as fait découvrir
C’est dommage car aujourd’hui nous souffrons
Mais c’est pour te dire à quel point nous t’aimons
Même si tu n’es plus que souvenir
Rappelle-toi que chaque fois que l’on entend ton nom
On se souvient des plus beaux moments passés avec toi, Simon
vendredi, mars 09, 2007
La politesse au pouvoir?
Mme Legault vise juste en critiquant le garrochage de boue presque généralisé de la campagne, et ce serait une belle revanche pour les candidats les plus respectueux de leurs rivaux qu'ils soient élus pour avoir été polis. À ce compte-là, on aurait droit à Mme David et messieurs Kadir, Curzi et McKay à l'Assemblée nationale. Les débats seraient non seulement plus polis, mais surtout plus intéressants et plus utiles.
Car ce qui manque à cette campagne, comme aux précédentes, c'est la possibilité réelle d'être représenté par des gens qui ont l'imagination et les compétences nécessaires pour exercer honnêtement le peu de pouvoir disponible en politique provinciale. Ne pouvant « miser » qu'un seul vote, l'électeur moyen en est réduit à jouer selon son coeur pour un-e candidat-e, qui même élu-e, serait dans l'Opposition, ou, selon sa tête, pour quelqu'un qui sera sans doute au pouvoir mais que l'on devra surveiller étroitement par la suite. Il fut un temps ou un vote pour le PQ réconciliait les deux, mais les années frustrantes d'exercice du pouvoir ET d'échecs référendaires ont tout compliqué.
Il s'agit bien d'un complexe. En se disant « non » à lui-même en 1980, le Québec s'est « peinturé » dans le coin, comme on dit. Les chiffres de 1995 étaient faussés d'avance, parce que même une victoire du Oui aurait déclenché une tempête de conflits juridiques constitutionnels. En fait, nous ne connaîtrons le bilan d'Option Canada qu'au lendemain d'une élection où nous sommes battus d'avance, collectivement, par un Harper the Poker Man aux cartes bitumineuses, qui n'imagine pas plus loin que l'argent de nos riches voisins.
Dans notre système, si un tiers-parti monte, un des deux autres descend. Si l'ADQ gagne des sièges, le PQ en perd, parce qu'il est grignoté par les Solidaires et les Verts. On se retrouve avec les Libéraux et peu d'imagination au pouvoir. À quand, sinon la proportionnelle, du moins un Conseil scientifique qui, poliment, nous livrerait les faits?..
jeudi, février 15, 2007
Wajdi Mouawad, Artiste pour la Paix 2006
Félicitations à Wajdi Mouawad, Artiste pour la Paix 2006, pour son initiative pacifiste réunissant des auteurs aux prises avec des conflits plus grands qu'eux, comme ceux qui opposent le Liban, Israël et la Palestine. L'expression artistique constitue l'une des seules forces qui puissent résister à la spirale de la violence. Les Artistes pour la Paix, dont je suis membre, croient fermement que la créativité nourrit le pacifisme, principe qui peut servir de fondement à toute entreprise civilisatrice.
C'est un principe exigeant, qui décourage souvent ceux pour qui la violence semble inévitable, ceux pour qui elle fait partie de la nature humaine. La nature, pourtant, n'use de violence que par nécessité immédiate. Le dicton « l'homme est un loup pour l'homme » est trompeur. Si nous étions comme les loups, nous serions moins violents. Selon l'éthologue Konrad Lorenz, le loup qui attaque un rival arrête quand ce dernier lui offre sa gorge. Une inhibition instinctive intervient. L'être humain, ayant fait passer beaucoup d'aspects de son psychisme de la nature à la culture, doit apprendre peu à peu à se retenir, à se pacifier. Cette éducation essentielle fait partie de la plupart des apprentissages sous toutes les latitudes. Elle échoue à l'échelle sociale, parce que les États, dirigés par des chefs qui n'ont plus à se battre eux-mêmes, usent de violence presque sans honte.
Les États-Unis, qui pourtant vantent de leur démocratie, sont à eux seuls intervenus illégalement dans des douzaines de conflits au cours des dernières décennies, abusant de la force que leur procure la plus grande armée de l'Histoire de l'humanité pour servir un mode de vie glouton. Cette violence donne le mauvais exemple à de nombreux régimes, aux armées souvent subventionnées par l'oncle Sam. La violence des riches n'a rien de naturelle. Elle dénature au contraire les efforts que déploient la plupart des gens pour vivre paisiblement.
L'art et les artistes nous aident à dire l'essentiel.
L'essentiel, en ce XXIième siècle de tous les dangers, c'est de cultiver la paix.
mardi, février 13, 2007
La musique du monde à l'OSM
Combien de gens oublient que la musique se déploie en temps réel entre celles et ceux qui la jouent et leurs auditeurs? On confond souvent ce qu'elle est vraiment avec toutes les formes qu'elle prend une fois enregistrée.
Le 7 février, au concert de l'OSM avec Luck Mervil et ses invités, sous la direction de Guy Saint-Onge, la musique sur le vif a franchi les frontières, non seulement des pays d'origine des participants, mais aussi des traditions coloniales et des préjugés... Comme Luck l'a souligné lui-même, la musique était la grande vedette du spectacle. En même temps, il y avait un aspect laboratoire fascinant, parce que les limites d'un grand orchestre en termes de coût de répétition ne permettent pas de passer de nombreuses heures à peaufiner l'exécution. Il faut atteindre rapidement la qualité voulue. Compte tenu de ce frein, le résultat était positif. Comparé à ce qui serait possible, il y a encore du travail à faire, notamment du côté des problèmes posés par l'amplification nécessaire d'instruments dans une tradition où le son passe normalement de l'instrumentiste à l'auditeur sans intermédiaire.
Nous avons vécu de beaux et grands moments dès l'ouverture avec H'Sao, puis avec Syncop et sa version entraînante du Chant de l'exil de feu Al-Harrachi, popularisé par Rachid Taha, ensuite avec Dobacaracol dans une chanson de folklore élargie de la Nouvelle-France à toute la Francophonie. Le Construçao de Chico Buarque, chanson au concept symphonique d'origine, interprété par Monica Freire, était sans doute le sommet orchestral de la soirée, montrant qu'une forme déjà apprivoisée franchit mieux les obstacles. le Ti-Pay-A de Luck s'est animé de façon émouvante, puis toute la salle a dansé dans la chanson suivante, fait très rare à la Place des arts. En rappel : le hit de l'exil avec Syncop et tous les artistes, dans sa forme la plus consolatrice, avec participation enthousiaste de toute la foule...
jeudi, février 01, 2007
Techno ou grano?
Dans ma cohorte de candidat-e-s à la maîtrise en communication multimédia il y a 10 ans, un clivage s'est dessiné assez vite entre technophiles et technophobes. Ces derniers n'étaient pas vraiment contre la technologie. Comme M. Parenteau, ils refusaient simplement de l'aimer pour elle-même et tentaient de modérer l'emballement numérique, ce qui leur a valu l'appellation de 'granoles'...
Leurs camarades 'technos', par contre, semblaient carrément amoureux de la technologie. Certains allaient jusqu'à fantasmer sur la possibilité prochaine d'un cyborg humain, au cerveau serti de microprocesseurs, au corps équipé de prothèses pratiques, un 'million-dollar-man' à la portée de tous. Comme par hasard, il s'agissait plutôt des gars, quoique les dames ne soient pas toujours allergiques aux mutations informatiques. Est-il besoin de préciser que la complicité circulait davantage à l'intérieur de chaque groupe qu'entre les deux? Il y avait même des frictions qui égratignaient l'impassibilité professorale.
Cette querelle entre technos et granos continue ici et ailleurs. Dans les sociétés nanties, on dirait qu'une majorité de consommateurs se rue sur les nouveautés avant d'en vérifier les mérites, et surtout bien avant d'en avoir besoin vraiment. C'est que le marketing nous dit de quoi nous avons absolument besoin!
À l'échelle planétaire, cependant, le différend technologique-organique prend la tendance tragique d'une guerre entre technoriches et technopauvres. La minorité des pays surindustrialisés ne sait plus quels jouets inventer pour s'amuser, tandis que la majorité des pays en développement travaille d'arrache-pied à fabriquer les jouets en question et espère pouvoir se les payer un jour. Fritz Lang avait vu juste, c'est Métropolis, mais dans une version mondiale qui risque d'exploser, remettant la pendule générale à l'heure biologique, celle de la vie même.
Contrairement à ce que suggère le nom des logiciels d'Apple, la iLife n'existe pas...
samedi, janvier 27, 2007
L'avenir sans avenir...
Il est fascinant de constater que pour beaucoup de gens, l'avenir n'a pas d'avenir.
Alors que l'idée de Progrès avec un grand 'P' a animé des générations de citoyens modestes ou fortunés vers de meilleurs lendemains, nous voici, au-delà du mythique an 2000, privés du dessert de la rêvée 'civilisation des loisirs'. Pourtant ça y est... nous y sommes : nous trônons au sommet du pied de la coupe de champagne inversée! Cette coupe à l'envers symbolise la minorité gavée de la planète qui domine la vaste majorité manquant encore de presque tout.
Pour aller de l'avant, il faut maintenant bouger vers les côtés et non vers le haut, il faut partager. La génération de nos enfants aura moins que la nôtre, mais vivra un bouleversement comparable à la découverte de l'Amérique, celui de la solidarité planétaire obligatoire. C'est d'ailleurs cette obligation qui risque de rendre la solidarité désagréable. Elle pousse déjà les nantis à se payer un Hummer au lieu de donner des bicyclettes aux piétons tiersmondiaux. Vous leur dites 'le pétrole achève', ils répondent 'm'en sacre, c'est moi qui l'achète'. Vous dites 'l'eau est rare', ils continuent d'arroser leur allée de garage triple qui a l'air d'avoir trop chaud l'été, et reprochent aux Chinois de vouloir un frigo.
Jacques Attali, auteur de nombreux ouvrages, notamment d'un génial survol des rapports de la musique et de la société (Bruits, PUF, 1978), contemple aujourd'hui le peu d'avenir qu'il reste à l'avenir et extrapole, à la lueur de sa vaste érudition, les circonstances d'une certaine fin du monde. Or, la plupart des humains ne sont pas riches et déçus par l'an 2000, ils comptent même les années différemment, depuis plus longtemps, avec des nombres plus gros. Ils sont pauvres et triment encore pour que leurs enfants aient plus qu'eux. Leur détermination entraînera certains phénomènes anticipés par Attali, mais aussi l'émergence d'intellectuel-le-s non-eurocentriques, moins catastrophistes, inventeurs d'avenir pour tous.
D'ici là, la météo nous brassera copieusement, et ce, sous toutes les latitudes, riches et pauvres confondus. Comme le dit ma fille Iara, 'pourquoi la Terre ne nous éternue pas d'un seul coup?..'
Race de monde
Les résultats d'un sondage, mal conçu et sans doute mal mené, ont fait lever une tempête médiatique autour du prétendu taux de racisme des Québécois : 59 %.
En tant que père d'enfants dits 'métissés', j'ai tendance à réagir promptement à toute tentative de projeter une ombre raciste sur leur avenir radieux...
Pour attribuer aux gens des qualités ou des défauts selons des critères ethniques, si l'on peut résumer le racisme, il faut être ignorant.
Scientifiquement, tous les êtres humains sur la peau de chagrin du monde descendent d'ancêtres africains qui ont évolué au fil des millénaires selon les migrations et l'adaptation climatique. Leur apparence dépend de variations (morphologie, pigmentation, pilosité) qu'ils ne choisissent pas (sauf pour Michael Jackson, qui a tout du mutant extraterrestre) et dont on ne devrait pas tenir compte. Ayant les mêmes ancêtres, nous sommes tous cousins, tous métis, tous porteurs d'un sang rouge et chaud. De temps en temps, quelque part sur la planète, un groupe d'individus se campe sur des traits communs pour imposer son pouvoir à ceux qui en possèdent d'autres et en tirer plus ou moins violemment de nombreux avantages. Les Égyptiens l'ont fait pendant des siècles aux dépens des peuples voisins à l'époque des pyramides. Les Romains ont suivi. Les Européens en phase d'expansion ont imposé l'esclavage et déplacé des millions d'Africains. Les Anglais l'ont fait ici parfois brutalement, à la Durham, méprisant ce 'peuple sans histoire' qu'ils avaient conquis, parfois plus subtilement, en refusant à un Paul Desmarais ce qui est accordé à un Conrad Black.
Est-ce que les Québécois sont sur le point, à leur tour, d'organiser le mépris et d'en tirer profit? Non, absolument pas. Est-ce qu'il y a parmi nous, Québécois de toutes origines, des gens qui craignent que leur fils ou leur fille fréquente quelqu'un de différent d'eux-mêmes? Oui, indiscutablement. Mais la loi, établie par la majorité des citoyens, leur interdit toute discrimination. L'intelligence collective, loin d'être absolue, tempère l'ignorance des individus, même si elle ne nous protège pas de la stupidité...
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