samedi, janvier 27, 2007
L'avenir sans avenir...
Il est fascinant de constater que pour beaucoup de gens, l'avenir n'a pas d'avenir.
Alors que l'idée de Progrès avec un grand 'P' a animé des générations de citoyens modestes ou fortunés vers de meilleurs lendemains, nous voici, au-delà du mythique an 2000, privés du dessert de la rêvée 'civilisation des loisirs'. Pourtant ça y est... nous y sommes : nous trônons au sommet du pied de la coupe de champagne inversée! Cette coupe à l'envers symbolise la minorité gavée de la planète qui domine la vaste majorité manquant encore de presque tout.
Pour aller de l'avant, il faut maintenant bouger vers les côtés et non vers le haut, il faut partager. La génération de nos enfants aura moins que la nôtre, mais vivra un bouleversement comparable à la découverte de l'Amérique, celui de la solidarité planétaire obligatoire. C'est d'ailleurs cette obligation qui risque de rendre la solidarité désagréable. Elle pousse déjà les nantis à se payer un Hummer au lieu de donner des bicyclettes aux piétons tiersmondiaux. Vous leur dites 'le pétrole achève', ils répondent 'm'en sacre, c'est moi qui l'achète'. Vous dites 'l'eau est rare', ils continuent d'arroser leur allée de garage triple qui a l'air d'avoir trop chaud l'été, et reprochent aux Chinois de vouloir un frigo.
Jacques Attali, auteur de nombreux ouvrages, notamment d'un génial survol des rapports de la musique et de la société (Bruits, PUF, 1978), contemple aujourd'hui le peu d'avenir qu'il reste à l'avenir et extrapole, à la lueur de sa vaste érudition, les circonstances d'une certaine fin du monde. Or, la plupart des humains ne sont pas riches et déçus par l'an 2000, ils comptent même les années différemment, depuis plus longtemps, avec des nombres plus gros. Ils sont pauvres et triment encore pour que leurs enfants aient plus qu'eux. Leur détermination entraînera certains phénomènes anticipés par Attali, mais aussi l'émergence d'intellectuel-le-s non-eurocentriques, moins catastrophistes, inventeurs d'avenir pour tous.
D'ici là, la météo nous brassera copieusement, et ce, sous toutes les latitudes, riches et pauvres confondus. Comme le dit ma fille Iara, 'pourquoi la Terre ne nous éternue pas d'un seul coup?..'
Race de monde
Les résultats d'un sondage, mal conçu et sans doute mal mené, ont fait lever une tempête médiatique autour du prétendu taux de racisme des Québécois : 59 %.
En tant que père d'enfants dits 'métissés', j'ai tendance à réagir promptement à toute tentative de projeter une ombre raciste sur leur avenir radieux...
Pour attribuer aux gens des qualités ou des défauts selons des critères ethniques, si l'on peut résumer le racisme, il faut être ignorant.
Scientifiquement, tous les êtres humains sur la peau de chagrin du monde descendent d'ancêtres africains qui ont évolué au fil des millénaires selon les migrations et l'adaptation climatique. Leur apparence dépend de variations (morphologie, pigmentation, pilosité) qu'ils ne choisissent pas (sauf pour Michael Jackson, qui a tout du mutant extraterrestre) et dont on ne devrait pas tenir compte. Ayant les mêmes ancêtres, nous sommes tous cousins, tous métis, tous porteurs d'un sang rouge et chaud. De temps en temps, quelque part sur la planète, un groupe d'individus se campe sur des traits communs pour imposer son pouvoir à ceux qui en possèdent d'autres et en tirer plus ou moins violemment de nombreux avantages. Les Égyptiens l'ont fait pendant des siècles aux dépens des peuples voisins à l'époque des pyramides. Les Romains ont suivi. Les Européens en phase d'expansion ont imposé l'esclavage et déplacé des millions d'Africains. Les Anglais l'ont fait ici parfois brutalement, à la Durham, méprisant ce 'peuple sans histoire' qu'ils avaient conquis, parfois plus subtilement, en refusant à un Paul Desmarais ce qui est accordé à un Conrad Black.
Est-ce que les Québécois sont sur le point, à leur tour, d'organiser le mépris et d'en tirer profit? Non, absolument pas. Est-ce qu'il y a parmi nous, Québécois de toutes origines, des gens qui craignent que leur fils ou leur fille fréquente quelqu'un de différent d'eux-mêmes? Oui, indiscutablement. Mais la loi, établie par la majorité des citoyens, leur interdit toute discrimination. L'intelligence collective, loin d'être absolue, tempère l'ignorance des individus, même si elle ne nous protège pas de la stupidité...
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