dimanche, mai 04, 2008

La faim des autres

Les média internationaux ont récemment fait état de soulèvements populaires (Haïti, Sénégal) liés à une pénurie de denrée de base. Ce qu'ils ont appelé les 'émeutes de la faim' émane d'un déséquilibre déjà ancien dans les échanges internationaux. Les pays émergents, soumis par chantage commercial aux règles des pays riches, produisent des récoltes destinées à l'exportation et non à leur population. Cette orientation, à cause de la fluctuation des marchés et de la spéculation, les défavorise forcément, d'autant plus que les leviers de contrôle des bourses de denrées leur échappent. Les producteurs de cacao ne moussent pas les ventes à la Saint-Valentin, ceux qui achètent leur récolte le font et ne leur versent aucun bonus si des millions d'amoureux de plus se gavent de chocolat. La coupe de champagne inversée, clair schéma planétaire de l'infime minorité super riche qui trône sur une vaste base très pauvre, ne risque pas de basculer du jour au lendemain et d'affamer les populations gavées par leur surconsommation des richesses mondiales. Non, la faim traque déjà les plus défavorisés, ceux qui n'ont même pas le choix de passer de la viande aux haricots, qui se font voler le poisson au large par des usines flottantes, qui sont contraints d'exporter les fruits de leur propre terre. Cette faim-là ne nous touche pas directement, n'atteint pas la ribambelle de produits hyper publicisés qui rivalisent pour chatouiller notre appétit. Pourtant, elle a de quoi couper l'appétit quand on sait que la planète est capable de nourrir tous ses habitants. Encore faudrait-il que nous renoncions à ne pas piller les ressources des pays émergents au nom d'un droit acquis au gaspillage, que nous guérissions du culte de la croissance. Il y déjà longtemps, les auteurs de Diet for a small planet recommandaient de diminuer la quantité de protéïnes animales de notre régime, de façon à orienter les économies occidentales vers une sobriété favorable à une juste distribution alimentaire. Malgré de nombreux arguments sanitaires et écologiques, nous dédions encore beaucoup trop de céréales à l'élevage. Et voilà qu'on en prend pour l'éthanol. De quoi précipiter un dénouement comme celui du Métropolis de Fritz Lang! Faut-il que les affamés montrent les crocs pour ressentir la faim des autres?..