jeudi, octobre 12, 2006

Salut Bernard!

Le grand jazzman Bernard Primeau nous a quittés juste avant le lancement de son dernier disque. Je salue ici son parcours impressionnant et l'énergie qu'il déployait au service de sa passion musicale. J'avais échangé des propos amicaux avec lui avant Noël l'an dernier, alors qu'il présentait un disque bien jazzé de musique du temps des Fêtes. Enregistré avec des complices d'expérience, il en avait fait une sorte de bilan de sa vie, un regard touchant vers son enfance dans l'Est de Montréal, un hommage à tous ceux qui avaient fait de lui un musicien accompli, famille, voisins et amis, tous chaleureusement remerciés avec humour et sincérité au moment de jouer quelques pièces. On comprend maintenant que Bernard connaissait probablement le mal qui l'attaquait et allait à l'essentiel avant qu'il ne soit trop tard. J'espère que les médias vont diffuser des extraits de son dernier opus, enregistré en collaboration avec l'ensemble des Violons du roi, parce qu'ils ne l'ont pas fait ces jours-ci, même après avoir souligné tout ce que Bernard Primeau représentait pour le jazz d'ici. Pour ma part, je garderai le souvenir d'un grand musicien, toujours prêt à entreprendre, à organiser, à créer les conditions propres à son art, assumant tous les risques du geste musical.

dimanche, octobre 08, 2006

Songe, mensonge, et geste musical

J'ai rêvé cette nuit que je discutais avec un ami musicien qui me soupçonnait d'avoir inclus un échantillonneur sur scène, pour accompagner Joanne Griffith... Il me disait gentiment que c'était tout à fait acceptable pour réussir certains passages et obtenir la texture sonore voulue. Je lui disais de ne pas confondre la musique jouée sur le vif et ce qu'elle devient dès qu'on l'enregistre, pour ne pas risquer « l'effet Karaoké » en synchronisant du son organique vivant à des objets sonores à peu près immuables. À l'expression floue de son regard, je devinais qu'il n'avait jamais clairement réfléchi à ce qui les distingue l'un de l'autre. Comme la liste est longue, je ne croyais pas parvenir à la lui livrer. Mais ce n'était qu'un songe... Pour illustrer mon propos une fois éveillé, je rappellerais le geste de James Taylor lors d'un concert télédiffusé : il avait présenté un magnétophone comme un second guitariste pour une chanson. En plaçant l'appareil sur scène à ses côtés, Taylor évacuait avec hunour le doute funeste qui aurait assailli l'oreille intelligente à l'apparition « magique » d'une seconde guitare. On entendait le public rire avec complicité avant d'accueillir l'agréable combinaison des deux guitares, la « vraie », tenue par l'artiste, et « l'artificielle », rendue par l'enregistrement. Est-ce que cette solution occasionnelle pourrait être d'emblée appliquée à toutes les situations? Absolument pas. La tentation est forte, mais chaque cas requiert un examen minutieux de toutes les composantes. La musique jouée sur le vif se tient-elle? L'ajout de matériel sonore enregistré est-il compris dans toutes ses implications? L'impression donnée est-elle souhaitée? J'ai par exemple constaté qu'un contrebassiste synchronisant son geste « jazz traditionnel » à un son de basse slappée émanant d'un laptop détruisait son jeu au fur et à mesure, dans un effet psychotronique involontaire. Même phénomène pour l'accordéon MIDI qui permet au musicien technophile d'émettre la Toccate et fugue en ré mineur de Bach avec les ronflements grandioses de l'orgue de Notre-Dame... On ne peut pas soudainement faire accepter sans ridicule de tels raccourcis après des siècles de lutherie traditionnelle au cours desquels le public a compris le lien entre le geste et la note. Une bonne part du plaisir du mélomane découle d'un petit miracle sans cesse renouvelé : le geste musical.