jeudi, mai 15, 2008

Michaëlle, Michaëlle, Michaëlle...

Au-delà du débat sur l'usage de certains termes perçus comme racistes, il faudrait revenir sur la controverse entourant la visite triomphale de Michaëlle Jean à La Rochelle. La médiatisation de cette visite illustre l'importance des symboles en notre époque formidable, au sens premier du mot, et hypermédiatisée. Si certains psychologues ont décrit la monarchie comme le symbole phallique du peuple qui le brandit (sceptre à l'appui, j'imagine), il s'agit d'autre chose dans le cas de la vice-reine du Canada, n'en déplaise au Gentilhomme à la Verge noire, s'il ouvre encore les séances de l'Assemblée nationale, prouvant que la réalité, quand l'occasion se présente, adore la friction. Michaëlle Jean est en effet, sans jeu de mots, un symbole multicolore, pareil à un cerf-volant merveilleux qui monte vers le ciel. En tant que femme noire, elle incarne l'espoir des femmes d'accéder à tous les postes jadis réservés aux hommes et celui de millions de descendants d'esclaves que le racisme soit bel et bien enterré un jour. En tant que Française contrainte à laisser cette nationalité de côté, noblesse de cour oblige, elle embrase la nostalgie de la France envers les arpents de neige qu'elle a perdus. En tant qu'ex-journaliste compétente, elle exprime une pensée originale dans un cadre protocolaire. Le bât blesse cependant dans la récupération dont elle est complice. La monarchie se dresse en effet de toute sa majesté de façade en plein milieu du chemin que Michaëlle Jean elle-même a dû parcourir. Que le pouvoir consente aujourd'hui à lui confier un poste symbolique dépourvu de pouvoir exécutif, mais non de pouvoir symbolique, montre exactement le contraire de ce qu'elle prétend défendre. Elle est complètement récupérée par la droite néo-libérale qui divise pour régner et disperse des miettes de pouvoir vers la gauche pour diluer la démocratie. Qu'elle soit complice de l'annexion au fédéral de l'anniversaire québécois n'est que la goutte dans un vase qui aurait dû déborder depuis longtemps. Pour vraiment passer à l'Histoire et réaliser pour les femmes, les Noirs et la démocratie des progrès qui restent symboliques autrement, elle devrait démissionner avec fracas mondial lors de la cérémonie la plus médiatisée des Fêtes du 400ième de Québec, démolissant le trône sur lequel elle est assise, le tout avec la politesse la plus exquise, bien sûr, pour montrer que la vraie majesté est celle du coeur. En tant que symbole cerf-volant, une fois redescendue sur terre, Michaëlle Jean serait libérée de ceux qui tenaient la ficelle... Et nous aussi.

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